• L Art supreme de la guerre

    L’historien américain Matthew Connelly souligne la victoire politique de la guerre de libération algérienne

     

    «Un Diên Biên Phu diplomatique»

     

     03 novembre 2018 à 0 h 07 min

    L’historien affirme que «ce n’est pas la France qui a donné son indépendance à l’Algérie, mais l’Algérie qui a donné son indépendance à la France».

     La victoire de Juillet 1962 fut-elle militaire ou politique ? 56 années après l’indépendance, cette question demeure posée et les manuels d’histoire d’ici et d’outre-mer se perdent entre les récits des uns et l’occultation de ceux des autres.

     Le regard neuf et neutre d’un chercheur en histoire américain apporte pourtant l’affirmation que certains n’osent pas pour ne pas rapetisser l’image tant imprégnée à l’imaginaire collectif du miracle de la victoire d’une poignée de moudjahidine armés de fusils et de quelques grenades contre la cinquième puissance militaire mondiale. Matthew Connelly est formel : la victoire de l’Algérie fut sans conteste diplomatique et médiatique.

     Dans son livre L’arme secrète du FLN : comment de Gaulle a perdu la guerre, l’historien américain et en se basant sur les archives et documents de différentes sources (française, algérienne et américaine), confirme que la bataille militaire, et même si elle a été marquée par des récits de bravoure sans égale, n’a pas eu raison de l’armada française.

     Le versant politique de la Guerre de Libération, avec la création du GPRA et toutes les actions diplomatiques entreprises pour faire connaître la justesse de la lutte de libération des Algériens, a été le véritable terrain sur lequel la France a capitulé.

     «Quand je parle de cette guerre en France, je suis frappé par la manière dont elle est perçue ou vécue comme un drame national, un traumatisme… et que c’est la France qui a donné son indépendance à l’Algérie… Ici, en Algérie, et dès leur jeune âge, les Algériens apprennent que le peuple a chassé la France par la force des armes», explique, stupéfait, Matthew Connelly en notant que l’aspect diplomatique a été décisif et pourtant on n’en parle pas beaucoup.

     

    Présent au Salon du Livre d’Alger et lors d’une conférence animée jeudi dernier sur l’apport diplomatique à la Guerre de Libération, Matthew Connelly estime que tout a commencé avec le génie d’une personne en 1948, lorsque Hocine Aït Ahmed rédigea le rapport de Zeddine qui fut la base de la stratégie de la guerre menée par les Algériens pour venir à bout de l’occupation française et soulignait déjà à cette époque l’importance de mener une campagne internationale.

    «La stratégie de Hocine Aït Ahmed devient la stratégie du FLN»

     «Aït Ahmed avait conclu dans son rapport qu’aucun autre peuple n’avait été confronté à tant d’obstacles pour parvenir à son indépendance. Proximité de la métropole, terrains exposés pour les attaques aériennes…, mais surtout nul n’a eu à affronter une population de colons aussi nombreuse et aussi puissante politiquement. Aït Ahmed a mis au point une grande stratégie, incluant les finances, la logistique, l’armement, la propagande et la politique étrangère. Il soutenait que la politique étrangère devait être indépendante et éminemment flexible.

     

    Il invitait les patriotes à chercher l’équilibre entre l’Orient et l’Occident, exploiter à la fois la guerre froide, les rivalités et compétitions commerciales entre les Etats-Unis et l’Europe. La grande stratégie de Hocine Aït Ahmed est devenue la stratégie du FLN à la fois sur le plan de la lutte interne et externe. La Proclamation du 1er Novembre déclarait trois objectifs externes allant dans le même sillage que le rapport de Hocine Aït Ahmed», soutient l’universitaire américain.

     L’hôte du SILA ajoute que la Révolution a bien su profiter de la tension franco-américaine née de la défaite de la France en Indochine. «En novembre 1954, le Premier ministre français de l’époque a demandé un appui au secrétaire d’Etat américain, John Foster Dulles, qui lui a répondu que ça pourrait être pire que l’Indochine, notamment pour les rapport franco-américains, et que ça pourrait même être un problème plus grave auquel seront confrontées les relations franco-américaines et que cela pourrait toucher et même faire éclater l’OTAN…

     

    La Guerre de Libération a rendu les français obsédés par le risque de diviser les alliés», indique l’historien en notant qu’Aït Ahmed avait bien compris cela et en octobre 1955 il se rendit à New York à l’Assemblée générale des Nations unies et a persuadé une majorité des membres pour aborder la question algérienne. Ceci a provoqué la colère de la délégation française qui sortit de la salle et fit grève pendant un mois, ce qui fut bien sûr une très belle promotion et publicité pour la cause algérienne.

    «Les campagnes militaire et diplomatique se renforcent mutuellement. Bien entendu de nombreux facteurs ont déterminé l’efficacité des rebelles, mais le FLN et pendant la puissance de ses actions armés entre 1956 et 1957 a décidé de donner la priorité à la campagne internationale. Le FLN a lancé la bataille d’Alger non pas pour gagner le contrôle d’Alger mais pour gagner la bataille de New York, c’est-à-dire le combat à l’Assemblée générale de l’ONU.

     

    Abane Ramdane a expliqué d’ailleurs cette décision dans une directive générale de 1956 : ”Les frères savent que notre infériorité vis-à-vis de l’armée coloniale en nombre et en matériel ne nous permet pas de remporter de grandes et décisives victoires militaires.

     Vaut-il mieux pour notre cause tuer des dizaines dans les lits de rivière à Tlaghma et dont personne ne parlera ou bien on le fait sur Alger et la presse américaine en parlera le lendemain ?”», rappelle à la mémoire le conférencier en notant qu’à New York les Algériens misent sur les conférences de presse, dénoncent les atteintes aux droits de l’homme, utilisent des images pour dénoncer les crimes coloniaux.

     La France tente d’y faire face en usant de vastes campagnes aux Etats-Unis dépeignant même la guerre féroce contre les moudjahidine comme «une croisade», un «choc des civilisations». Mais les efforts du colonisateur furent vains devant l’efficacité de la campagne algérienne et surtout devant le recul du soutien économique américain.

     

    «L’Algérie a donné son indépendance à la France»

     

    La France fit face à un «Diên Biên Phu diplomatique», note Connelly en soulignant que le FLN a réussi en créant le GPRA (Gouvernement provisoire de la République algérienne). «Ce fut un phénomène entièrement nouveau que de créer un gouvernement représentant le peuple algérien sans même avoir libérer une partie du territoire», indique l’historien avant de montrer des graffs présentant le déclin des actions militaires sur le terrain et la perte des moyens militaires pendant que l’action diplomatique battait son plein à l’international.

    «Quand la lutte armée était en déclin, ils ont accès sur les actions diplomatiques…De Gaulle fut obsédé par l’impact de cette guerre sur l’image de la France et sur l’aide américaine. Sans conteste, la victoire du FLN a été gagnée sur la scène internationale. Ce n’est pas la France qui a donné son indépendance à l’Algérie, mais l’Algérie qui a donné son indépendance à la France», assène Connelly.

     

    Le conférencier américain tient aussi à axer sur l’impact de la guerre de la révolution diplomatique sur les relations internationales dans les années 1950 et 1960. «La crise de Suez était une conséquence de la Guerre de Libération algérienne. La question algérienne a même eu un impact aux Etats-Unis et l’élection de Kennedy.

    Elle a fait sortir la France de l’OTAN. Elle a su utiliser la guerre froide pour rallier différents soutiens. De plus, ce fut une révolution médiatique, où l’image et les journalistes ont joué un grand rôle… Je suis frappé par la grande signification universelle que cette guerre a provoquée… Les Algériens ont montré comment les idées peuvent être plus fortes que les armes, comment la victoire est possible par la force des idées.»  

    Source : https://www.elwatan.com/edition/actualite/un-dien-bien-phu-diplomatique-03-11-2018

     

    L Art supreme de la guerre est de briser les resistances de l ennemi et le soumettre sans combat . L'Art de la Guerre . Sun Tzu

    « L’imposture de l’art contemporain Destin et Libre arbitre selon le Coran et en Islam »
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