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  • Chekib Arslan

    Par Lisa Romeo

    L’émir Chekib Arslan est une des figures les plus importantes du nationalisme arabe de l’entre-deux-guerres. Contraint à l’exil en Europe entre 1918 et 1937, ce propagandiste de talent, surnommé le « prince de la rhétorique », a participé activement à la diffusion de l’arabisme aussi bien en Orient arabe, au Maghreb, qu’en Europe.

    Enfance et formation

    Chekib Arslan est né le 25 décembre 1869 à al-Shuwaifat, dans le district du Shouf, au Sud de Beyrouth dans le Liban actuel. Il appartient à l’une des plus prestigieuses et plus influentes familles druzes de la région. Il part dans un premier temps étudier, avec son frère Nasib, à la Madrasa al-hikma de Beyrouth où il apprend le français, l’anglais et le turc avant de suivre les cours du réformateur islamique égyptien Muhammad Abduh (1849-1905), qui vit alors en exil au Liban depuis 1882. Il complète sa formation en effectuant un voyage d’étude en Europe et à Constantinople où il rencontre le réformiste Djamal al-din al Afgahni (1838-1897). Ses qualités rédactionnelles et sa grande facilité pour les langues se manifestent très tôt. A 14 ans, déjà, ses vers en arabes sont publiés dans différents journaux. Quelques années plus tard, à peine âgé de 18 ans, il rédige un premier recueil de poèmes, Prémices. Il se lance alors dans le journalisme à partir de 1893 et écrit de nombreux articles politiques pour différents journaux, comme le quotidien égyptien al-Ahram. Ainsi devient-il un des journalistes arabes les plus en vue au début du XXème siècle.

    Chekib Arslan et l’Empire ottoman

    A partir de 1902, il choisit de s’engager de manière plus active dans la vie politique ottomane (voir Empire ottoman) et se voit confier divers postes de préfets. En 1912, il défend l’intégrité territoriale de l’Empire contre les Italiens en Cyrénaïque. C’est là où il fait la connaissance de l’officier turc Enver Pacha (1881-1922) et se lie avec le Comité Union et Progrès dont il va soutenir fermement la politique en tant que député du Mont-Liban au Parlement de Constantinople entre 1913 et 1918. Il se montre ainsi favorable à l’entrée en guerre aux côtés des Empires centraux en 1914 et se rend plusieurs fois en Allemagne pour négocier.

    Pour l’émir libanais, l’union entre les Turcs et les Arabes est essentielle. Il considère en effet que l’unité de ces deux peuples, sous la bannière de l’islam, représente le seul moyen de résister aux puissances européennes qui tentent de s’emparer des territoires ottomans. Ainsi s’oppose-t-il fermement aux manœuvres hachémites contre les Ottomans lors de la Révolte arabe de 1916 (voir Hussein et la famille hachémite). La défaite, puis la chute de l’Empire ottoman, ne l’empêchent pas de continuer à soutenir un rapprochement arabo-turc. C’est finalement l’abolition du califat en 1924 (voir califat : origine, rôle et évolution dans l’histoire) et la politique laïque prônée par Mustafa Kemal qui le pousse à se concentrer sur la question de l’union arabe même si ses théories arabistes restent teintées de panislamisme.

    La pensée de l’émir Chekib Arslan

    Héritier du réformisme islamique de la fin du XIXe siècle, fermement anti-impérialiste, Chekib Arslan considère que la grandeur des Arabes est due à l’islam et à sa tradition. Il s’oppose à toutes les formes d’occidentalisation. Pour lui, la régénération du monde arabe doit se faire et peut se faire sans s’inspirer nécessairement des modèles occidentaux. Il rejette donc toute tentative de laïcisation de la société. L’organisation du royaume de Ibn Sa’ud peut ainsi, pour l’émir, constituer un modèle politique. Il envisage enfin la Nation arabe comme une confédération d’Etats unie par la langue, la religion et la culture.

    L’action de l’émir en Europe

    C’est donc sans surprise qu’il s’oppose fortement au système de mandat mis en place par la Société des Nations (SDN) en 1920 (voir Société des Nations et nouvelle notion de mandat). Il agira alors sans relâche contre cette institution qu’il juge hypocrite et qui divise le monde arabe. Il est secrétaire général du bureau de Genève du Congrès syro-palestinien, fondé au Caire en 1921. Après le partage des provinces arabes en mandats français et britanniques, pour faire valoir les revendications pour une Grande Syrie unifiée, il fait inlassablement pression auprès de la SDN. Avec Ihsan al-Jabiri et Riad el-Solh, il écrit d’innombrables lettres, mémorandums et pétitions pour tenter d’infléchir la politique française dans la région et mobiliser l’opinion internationale à la cause arabe.

    Il multiplie également les déplacements à travers de nombreux pays (en Allemagne, Italie, Turquie, Belgique, Arabie saoudite…) et noue des contacts avec les différents milieux nationalistes. Il devient donc, dans les années 1920, une des figures principales du nationalisme arabe et il est un des premiers à poser le problème palestinien devant la communauté internationale.

    Chekib Arslan rencontre d’ailleurs au début des années 1930 le sioniste Ben Gourion (1886-1973) afin de parvenir à un arrangement, sans grand résultat. En 1930, il fonde avec Ihsan al-Djabiri la revue La Nation arabe en langue française afin de la diffuser plus amplement dans les milieux politiques du Vieux continent.

    Le rapprochement avec les milieux nationalistes maghrébins

    A la fin des années 1920, il développe un intérêt pour la politique française en Afrique du Nord. En 1930, il décide de se rendre en Espagne et Maroc après être entré en contact avec des étudiants marocains à Paris. Il y expose ses thèses et il est un des premiers, après Sati al-Husri, à favoriser l’extension géographique du monde arabe, allant du Golfe à l’Atlantique et à intégrer le Maghreb dans l’idéal de la Nation arabe. Son influence est grande dans les milieux nationalistes de la région. Il trouve notamment un certain écho auprès de l’Algérien Messali Hadj, chef de l’Etoile nord-africaine, dans les milieux ouvriers algériens parisiens, dans le Néo-Destour tunisien et dans l’Istiqlal marocain tout au long des années 1930.

    En 1937, il est enfin autorisé à rentrer dans son pays où il est accueilli avec enthousiasme par la population. Il est nommé, un an plus tard, directeur de l’Académie arabe de Damas. Toutefois, son action durant la Seconde Guerre mondiale et son rapprochement avec le Reich lui valent de vives critiques, et ses biens au Liban sont saisis par les Alliés.

    Epuisé par la maladie, l’émir Chekib Arslan meurt le 9 décembre 1946 à Beyrouth après un long combat pour le droit à l’indépendance arabe et pour la renaissance de la culture arabe. Polémiste et écrivain de talent, auteur de nombreux traités et ouvrages, il a marqué les années d’entre-deux-guerres et a beaucoup apporté à l’arabisme.

    Bibliographie :
    Cahier de l’Orient contemporain, IX-X, Paris, Editions G. P. Maisonneuve, 1947.
    Leyla Dukhli, Une génération d’intellectuels arabes, Syrie et Liban (1908-1940), Paris, Editions Karthala/IISMM, 2009.
    Henry Laurens, Vincent Cloarec, Le Moyen-Orient au 20e siècle, Paris, Armand Colin, 2005.
    Patrick Seale, La lutte pour l’indépendance arabe, Riad el-Solh et la naissance du Moyen-Orient moderne, Paris, Fayard, 2010.

     

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  • Le son de la Ghaita m enerve depuis toujours ! Belle chanson maso ( l amoureux y menace de se suicider faisant fi des regles musulmanes). Disons que Sara c est l amour fou qui declenche l Amok bien decrit par Stephan zweig dans une de ses nouvelles .

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