Le phare de l’îlot d’Arzew se dresse magistralement, depuis 1848, de ses 22, 4 m, face à la mer, à l’ouest du golfe d’Arzew et au nord-est du port, pour lancer ses signaux lumineux, à éclat rouge, à une distance de 22 milles nautiques toutes les 5 secondes. Son autre versant fait face à une succession de bungalows et de villas de l’ère coloniale, à une distance de 300 m environ de la mythique corniche de Fontaine des gazelles.De tout temps, « El Phare » comme aiment à le qualifier les Arzewiens a constitué une véritable attraction pour les baigneurs et les pêcheurs du dimanche. Pour les uns, il constitue un challenge et un objectif à atteindre à la nage pour séduire les jeunes filles, pour les autres, un lieu de pêche sans commune mesure, mais aussi « El Phare » constitue un havre de paix, un coin de repli et de méditation. Mais au-delà de la fascination et de l’attraction qu’il représente pour les non-initiés et les profanes, le phare véhicule indubitablement un passé, une histoire et parfois même sa propre pérennité, il la doit à tous ceux qui, des années et des années durant, se sont sacrifiés et ont veillé, contre vents et marées, à ce qu’il continue à projeter, au loin dans la nuit, ses faisceaux lumineux pour guider les bateaux et les marins pêcheurs. En effet, le phare s’est, au fil des ans, nourri de la passion, du dévouement mais surtout du sacrifice de ceux qui l’entretiennent et qui se consument dans l’indifférence totale depuis plus d’un siècle et demi.
Ammi El Bachir, un gardien de phare à la retraite depuis peu, a passé 36 années de sa vie dans la majorité des phares du pays. Abordé devant sa maison à proximité de la pêcherie d’Arzew, il nous racontera, avec beaucoup de nostalgie, parfois de l’amertume mais surtout avec le sentiment du devoir accompli malgré les séquelles très visibles sur son état de santé, une infinité d’histoires et d’anecdotes ayant jalonné sa vie de gardien de phare. Il nous narrera comment la gestion des phares change de tutelle administrative d’une époque à une autre, au gré des conjonctures. Des affaires maritimes, au département des phares et balises à celui de l’Office national de signalisations maritimes (ONSM) rattaché au ministère des Travaux publics. Il nous racontera la précarité de leur vie, l’absence de statut clair, de plans de carrière adéquats qui prennent en compte les difficultés, le vécu et les contraintes des gardiens. En son temps, les gardiens de phare travaillaient en binômes durant 20 jours et nuits sans interruption, sans aucun contact avec le monde extérieur, sauf peut-être pour faire un rapport radio aux autorités maritimes. Il nous confiera que « le plus difficile se produit lorsque les deux gardiens ne s’entendent pas entre eux. Le temps semble alors interminable. C’est l’enfer. Souvent, on se retrouve à converser, tels des débiles, avec les poissons pour ne pas perdre l’usage de la parole. »
>La précarité comme conditionDe nombreux gardiens de phare, rencontrés dans le cadre de ce reportage, déplorent le fait qu’ils sont, à ce jour, contraints de débourser les frais de ravitaillement en alimentation et autres denrées alimentaires durant leur séjour au phare de leur propre salaire, sans aucune compensation. D’ailleurs à ce sujet, l’un d’eux, toujours en poste au phare d’Arzew, déplore qu’il puisse encore y avoir des gardiens contractuels après plus de vingt ans d’exercice. Il nous confiera qu’en dépit d’un salaire, souvent inférieur au SNMG, il continue tous les dix jours à faire la traversée à la rame à bord d’une barque de fortune. Il ajoutera avec beaucoup d’amertume : « Ils nous maintiennent indéfiniment dans un statut de contractuel pour mieux nous asservir. » Ammi El Bachir nous confiera qu’une fois la veille de son retour à la maison, il consomme, avec son collègue, tout ce qui lui restait comme ravitaillement. Il ne restait que l’eau de pluie récupérée par l’entremise d’un système interne lors des averses, des orages ou des grandes pluies. Le lendemain matin, le climat s’est subitement dégradé et le mauvais temps a empêché la relève de débarquer sur l’îlot. Ils ont été contraints de rester encore trois jours de plus. Il nous confiera que durant ses trois jours, ils s’alimentaient d’une eau bouillie, de cailloux récupérés des profondeurs de la mer. Tout au long de son récit très émouvant, entrecoupé de douleurs à lui couper le souffle, des suites d’une intervention chirurgicale, Ammi El Bachir nous narrera l’importance des phares et leur rôle dans l’histoire de la guerre de libération. Il nous dira qu’en temps de guerre, les phares constituaient des zones de paix inviolables. Mais lors de la Seconde Guerre mondiale, certaines archives font état de l’utilisation du phare d’Arzew durant la nuit du 7 au 8 novembre 1942 à 3h, pour servir de tête de pont au débarquement en Afrique du Nord du 1er bataillon de rangers, lors d’une mission baptisée Opération Torch.
Lors de la préparation de cette opération, le Lt col W. O. Darby disait à ses hommes : « Messieurs, nous n’aurons pas droit à l’erreur, alors ouvrez grand vos oreilles. Des mois de préparation ont été nécessaires à l’Opération Torch, autrement dit, à l’invasion de la zone occupée par les forces de l’Axe en Afrique du Nord. Nous avons pour mission de prendre les points clés à l’Ouest pendant que Montgomery ferme la porte à l’Est. Pris en tenaille, Rommel pourra dire adieu aux renards du désert. Il était prévu que seules les forces françaises de Vichy nous opposent une petite résistance, mais une unité allemande a élu domicile sur l’une de nos zones de débarquement, dans le port d’Arzew. Ils ont caché leur artillerie lourde en ville, alors pas question de débarquer pour l’instant. Nos chalands seraient réduits en poussière en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire. C’est à vous, rangers, d’entrer en action. Votre groupe va devoir mener une incursion derrière les lignes pour neutraliser les pièces d’artillerie braquées sur la plage. Nous ne savons pas dans quelle partie de la ville elles se trouvent, mais d’après des sources internes, le poste de commandement établi dans la digue abriterait des plans très récents indiquant leurs positions. Après les avoir détruites, vous devrez signaler à la flotte que la voie est libre. Le renseignement a repéré un phare sur la côte qui fera très bien l’affaire. Ensuite, vous pourrez regagner votre point de départ et embarquer dans une barge. » Dans le même contexte historique, l’îlot d’Arzew aurait été utilisé comme emplacement stratégique, bien avant la construction du phare, par l’Emir Abdelkader, lors de la bataille de la Macta.(El Watan-23.07.04.)
Cap Ivi, à l'est d'Arzew.
La baie d’Arzew est balisée par deux phares. A l’ouest, c’est celui de la pointe de l’Aiguille, cette arête qui matérialise le cap Carbon, et à l’est, celui de cap Ivi. Installé sur le flanc de la montagne, ce phare est visible par temps clair à plus de 120 km. En effet, à 212 m du niveau de la mer, ses lumières sont perceptibles depuis la côte espagnole. Construit en 1878, il occupe un site historique d’où les premiers habitants de la contrée pouvaient contrôler tout mouvement de navires. En effet, le site archéologique du cap Ivi fait partie d’une série de postes d’observation qui jalonnent l’accès à une véritable cité antique : la ville de Quiza qui se trouve sur le flanc sud de la montagne à moins de 3 km à vol d’oiseau. Selon certaines versions, elle aurait abrité l’unique port fluvial d’Algérie. On y accède en longeant sur 5 km, la rive droite du Chélif depuis l’embouchure.
Fruits et légumes en abondance
Des deux côtés du phare, des sites archéologiques d’une grande richesse, mais qui n’ont pas encore livré tous leurs secrets, sont répertoriés. Celui de Chaïbia, en contrebas du phare, est sans doute le plus prometteur, car la profondeur des eaux et les ruines qui affleurent sur la plage laissent supposer l’existence d’un véritable comptoir phénicien. Mokhtar, le jeune gardien, qui officiait lors de notre visite, s’est monté peu loquace. Travaillant en relais avec deux autres collègues, il refusera un premier temps de nous laisser accéder à l’intérieur avant de se raviser. Construit sur la terre ferme, le phare de cap Ivi est une bâtisse immense. On y entrait en tournant le dos à la mer par une énorme porte, non sans avoir traversé une spacieuse cour que délimite un belvédère. Entouré d’une large muraille fortifiée, il s’accoude à la montagne en empruntant aux terres environnantes de larges espaces. La présence d’un puits en fait un cas d’espèce. En effet, jusqu’au tout récent raccordement au réseau public qui dessert les contrées du Dahra, le phare de Ouillis était totalement autonome. Les terres en contrebas offraient abondamment fruits et légumes. C’était du temps où le vieux gardien, aujourd’hui à la retraite, entretenait les lieux. En effet, natif du promontoire, Boukazoula Benyamina a été gardien entre 1967 et 1988. Entré dans les services des phares et balises en 1964, il fourbira ses armes aux îles Habibas. Revenu au terroir, il élira domicile au niveau du phare où naîtront tous ses enfants. Malgré une ouïe défaillante, il nous contera ses nombreuses années passées à remonter - toutes les 3 heures - les lourds contrepoids de 84 kilos qui permettent au dispositif de faire tourner, à vitesse constante, les lourds déflecteurs chargés de répercuter à des dizaines de km, le précieux faisceau. Depuis son départ, ce dispositif est alimenté par l’énergie électrique, réduisant considérablement l’effort des hommes. Si, au départ, le nouveau système se déclenchait à l’aide d’une minuterie, Mokhtar, le jeune gardien, se plaint de devoir, toutes les trois heures, actionner manuellement le moteur électrique. Avec la même régularité que ses prédécesseurs, les manivelles en moins. L’accès au cœur du dispositif se fait par un ample escalier en colimaçon. En effet, la faible hauteur du phare et la générosité du terrain d’assiette, ont permis à l’architecte de concevoir un escalier fort spacieux, dont les pièces seront moulées dans la fonte. Le dispositif d’éclairage a été construit par les ateliers Henry Lepaute. Son jeune gardien n’est pas peu fier de dire que ce dispositif est le même que celui qui équipe les phares allemands. Une information qu’il aurait glanée auprès de visiteurs germaniques. Une fois parvenus à hauteur du système d’éclairage, on est impressionné par la qualité de l’usinage. Toutes les pièces de l’immense dispositif sont travaillées tantôt dans un acier noble tantôt en cuivre ou en bronze.
Un monument sans mémoire
Une plaque rutilante indique le nom du fabricant et son adresse. Une minuscule lampe centrale - d’une puissance de 1000 watts - est entourée d’une série concentrique de lentilles dioptriques, ou lentilles de Fresnel, constituée d’un disque central, entouré d’une série d’anneaux concentriques d’une confortable épaisseur. Seul le gardien peut accéder au cœur du dispositif en empruntant une échelle qui fait corps avec la tourelle sur laquelle sont installés les quatre impressionnantes lentilles. Le tout est posé sur un rail circulaire de 1,20 m de diamètre. Grâce à un habile jeu de roulements, confortablement assis sur un bain de mercure que le gardien lubrifie régulièrement, le phare tourne à une vitesse constante - obtenue grâce à un dispositif très complexe qui fait penser à une gigantesque montre suisse - diffusant régulièrement une lumière douce et puissante à la fois. Celle qui permet non seulement aux bateaux d’éviter les écueils et de garder le cap mais aussi aux aéronefs qui amorcent l’atterrissage sur les nombreux aérodromes d’Oran, ou qui continuent leur trajet vers le cœur de l’Afrique de se positionner avec exactitude. Car ce phare a cette double vocation de servir à la fois la navigation aérienne et maritime. Mais le phare de cap Ivi souffre d’une double occupation. Celle que son locataire naturel doit partager depuis bientôt dix ans avec un détachement de la garde communale. Affectée à la protection de l’ouvrage stratégique, cette brigade a fini par occuper une grande partie des lieux, utilisant les logements d’astreinte et y régnant en maître. Une promiscuité qui semble desservir la sérénité habituelle de ces lieux. Par ailleurs, nombre d’objets, qui constituaient l’attirail du parfait gardien de phare, ont miraculeusement disparu. Certains auraient tout simplement été regroupés à Alger, voilà quatre ans pour le montage d’une exposition. Ils n’ont toujours pas été restitués. Mais le plus curieux est que le livre d’or fasse partie des objets transférés. A telle enseigne que la mémoire du phare a tout simplement quitté les lieux. Quel intérêt peut avoir un livre d’or qui débute chronologiquement en 2001, sachant que le phare est fonctionnel depuis 1868 ? En effet, les premiers enregistrements sur le livre journal encore disponible remontent à l’année 1870. Impossible de remonter le temps que seul un livre d’or peut restituer dans toute sa spontanéité. Aucune trace de ces visiteurs anonymes ou célèbres - Napoléon III, qui restitua la vielle mosquée du Derb au culte musulman, en ferait partie - qui se sont relayés plus d’un siècle durant, pour donner un peu de bonheur à ces vigiles infatigables et terriblement solitaires.(El Watan.12.08.04.)
L’ancien phare de Mostaganem…Cette sentinelle des mers
La place de Mostaganem a joué un rôle capital durant la résistance héroïque de l’Emir Abdelkader contre les troupes d’invasion. Avec Oran et Tlemcen, c’est incontestablement cette ville côtière qui jouera les tout premiers rôles dans le soutien et l’approvisionnement des troupes. Ce n’est pas sans raison que les cohortes d’invasion mettront tout en œuvre pour faire tomber cette citadelle. Une première bataille opposera sur le plateau de Mazagran, une escouade de l’Emir à un détachement de l’armée coloniale. La victoire des Français sera aussi rapide que la bataille. Mais l’impact au niveau des états-majors parisiens sera considérable. Mazagran rentrera dans le lexique français pour ne jamais le quitter. La région est de tous temps connue pour la luxuriance de son arrière-pays où les fellahs pratiquent une agriculture performante, où prédominent les orges et les cultures maraîchères. L’abondance n’y est point une simple vue de l’esprit loin s’en faut. De tous temps, la province d’Oran dépendait en grande partie de Mostaganem pour son approvisionnement en fruits et légumes. Malgré tous ces atouts, la ville qui pouvait fort justement prétendre à d’excellentes relations commerciales avec l’Espagne toute proche s’en remettait toujours à Oran, sa voisine. Cette situation s’explique par l’absence de toute infrastructure portuaire dans le Golfe. Alors qu’Arzew continuait de bénéficier de la grâce de sa rade depuis le comptoir phénicien et qu’Oran s’enorgueillit d’avoir avec Mers El Kebir, la plus grande rade naturelle de la Méditerranée occidentale, la côte mostaganémoise affichait fièrement sa farouche et inhospitalière façade maritime. Il a fallu l’arrivée du corps expéditionnaire français, dès les premières années de l’occupation, pour pallier ce terrible handicap. Rapidement, la colonisation avait pris soin d’installer les infrastructures nécessaires à son expansion. Contrairement à l’Emir Abdelkader qui ne découvrira les vertus de la marine que lors de son voyage d’exil, les partisans du Duc d’Aumale avaient rapidement pris conscience qu’une occupation de l’Algérie ne pouvait se faire sans la maîtrise de la mer. C’est pourquoi, dans leurs projets, l’implantation d’un port entre Alger et Oran devenait une nécessité absolue et c’est pour cette raison que l’érection d’une jetée sera rapidement envisagée à l’endroit même où trônait le mausolée de Sidi Maâzouz El Bahri, dont les restes seront transférés vers les hauteurs de Tigditt. Rapidement, une minuscule jetée d’à peine une cinquantaine de mètres sera érigée. Devant l’ampleur du trafic, elle subira plusieurs extensions successives jusqu’à l’arrivée de Napoléon III. A la fin du XIXe siècle, le port de Mostaganem avait déjà fière allure. Cette rapide extension se fera sous l’œil vigilant d’un phare probablement érigé dès le lancement du tout premier abri. Lorsque le port aura sa configuration actuelle, ce premier phare sera totalement abandonné au profit de ceux balisant l’entrée du port. Rares sont les habitants de Mostaganem qui connaissent ce vieux phare délabré et totalement livré aux oiseaux marins qui n’hésitent pas à venir régulièrement s’y reposer. Erigé sur un rocher surplombant le port, il constitue une vieille relique dont on a du mal à se séparer. La maison du gardien, construite bien plus tard, continue d’abriter une famille qui, sans le savoir, aura permis à cet édifice rudimentaire d’échapper à l’usure du temps et des hommes. Ce petit joyau n’aura pas échappé au pinceau alerte du miniaturiste Hachemi Ameur, qui l’immortalisera en une superbe peinture exécutée en de chatoyantes couleurs. Récemment, l’œuvre fera l’objet d’une acquisition au profit d’un ambassadeur d’un pays européen, en visite dans la région. Pour les amateurs et les mécènes, le phare oublié est toujours visible au coin de l’immense belvédère qui prolonge la place de l’ancienne Caserne des douanes. (El Watan-02.09.06.)
LE PHARE DE CHERCHELL
Le Loup de mer. C’est un monument qui jaillit au milieu d’un îlot. Le phare de Cherchell ne peut pas échapper aux regards. Sa construction remonte à 1881. La maçonnerie, qui a façonné ce phare d’une hauteur de 28,60 m à partir du sol, démontre tout le génie de ses concepteurs.partir de cette hauteur, la portée lumineuse de ce magnifique phare avoisine 50 km, plus exactement 25 milles nautiques. Cette portée lumineuse fonctionne sur un rythme, entre la lumière et l’obscurité, pendant 15 secondes sur une rotation de 360°. Le phare du Fort Joinville demeure attractif en dépit de ces circonstances contraignantes imposées par l’insécurité et l’obscurantisme. Ce phare a été construit avec cette merveilleuse pierre extraite d’une carrière de Marseille (France). Les calculs des escaliers en colimaçon ont été faits par des ingénieurs français des services des travaux publics. La construction du phare de Cherchell a débuté sur une large base de ce site archéologique. Les marches des escaliers en pierre taillée importée de Marseille sont collées verticalement selon un plan géométrique conique. Il existe 119 marches en pierre à l’intérieur de cette superbe structure. Plus haut encore, il faut escalader 27 escaliers en bois pour atteindre cet appareillage, ce pupitre. La tour de ce phare se compose d’un soubassement tournant muni de deux moteurs qui se relaient toutes les 24 h par un système d’inverseur. L’aventure ne s’arrête pas-là, car il faut monter les 9 marches d’escaliers qui restent pour enfin pouvoir observer l’horizon. La hauteur totale de ce phare à partir du niveau de la mer est estimée à 34,08 m. Certaines archives détenues au niveau de ce phare, nous indiquent les mouvements des navires à vapeur depuis 1904. Des précisions sur les horaires d’entrées et de sorties des bateaux à vapeur, des bateaux de guerre au niveau du port de Cherchell. Une autre précision de taille est dévoilée dans ces documents précieux, c’est l’activité commerciale portuaire qui se déroulait au niveau des ports de Gouraya, Larhat, Messelmoune et Damous au début du siècle dernier. Des voiliers se sont rendus au port de Cherchell, battant pavillons des pays européens. Sur un autre registre, sont indiqués les noms des visiteurs venus de tous les coins de la planète. Madjid est une véritable bibliothèque, cultivé, qui se soucie de la préservation de ce site historique et de l’avenir de ce phare, avec cet espoir de voir ce monument, témoin du passé, réhabilité. Pour l’histoire, les fouilles archéologiques et de sauvetage effectuées au début des années 1960 amenèrent la découverte d’un phare dans cet îlot de Joinville. Selon les écrits de J. Lassus, seules en subsistent les fondations. Il est construit selon des traditions qui l’apparentent à l’architecture hellénistique. Il résulte des précautions prises pour l’établissement de l’assiette du monument, de la combinaison d’appareils qui va être adoptée et du soin extraordinaire de leur réalisation, que la tour devait avoir une grande hauteur.Ce phare aurait eu 36 m de hauteur. Il avait été érigé entre le port militaire et le port commercial. J. Rouge avait écrit que l’ex-Césarée était le dernier port important sur la côte nord-africaine avant le détroit de Gibraltar. Ce jugement se fonde uniquement sur l’importance de la ville, la présence d’une escadre et l’aménagement portuaire que constituait le phare. Les fouilles archéologiques effectuées sur l’îlot de Joinville par M. Gaspary et M. Bellure ont permis la découverte d’une mosaïque luxueuse à l’ouest du phare. Il s’agit du buste de Minerve casquée. Elle paraît être du second siècle de notre ère. Le phare de Cherchell est devenu incontournable pour certains poètes qui s’évadent dans l’abstrait. Le premier phare n’a pas pu résister aux destructions des invasions, aux tremblements de terre et à l’absence d’entretien. L’actuel phare de l’îlot de Joinville ne peut pas effacer l’histoire de celui qui l’a précédé. Le jeune Madjid et les deux gardiens qui ont tenu à rendre hommage à l’ex-gardien du phare Si Belaïd, qui a quitté le monde sans avoir eu le temps de transmettre quelques secrets de ce joyau architectural qui ne cesse d’alimenter les débats aujourd’hui.(El Watan-02.09.04)
Phare de Tipaza
On peut accéder à ce phare, d’une hauteur de 13,58 m par rapport au sol, par route. Sa hauteur par rapport au niveau de la mer s’élève à 34,08 m. Son rythme durant la nuit est calculé sur une fréquence de trois secondes de lumière et une seconde d’obscurité.La wilaya de Tipaza est pourvue d’une côte longue de 115 km. Sa richesse, encore une autre, réside dans l’existence d’un phare d’atterrissage à Cherchell et d’un phare de jalonnement à Tipaza. Ils sont les témoins muets du passé de cette région du bassin méditerranéen. Ils ont inspiré d’illustres écrivains et artistes. Visiter aujourd’hui le phare n’est pas un banal réflexe. Il faut inévitablement entamer des démarches auprès du ministère des Travaux publics et de l’Office national de la signalisation maritime. Compte tenu de son importance stratégique, le phare est une citadelle imprenable et jalousement très bien gardée. Le phare de Tipaza (phare de Ras El Kalia) a été construit en 1867. Il se trouve au nord-ouest du port du chef-lieu de la wilaya de Tipaza, sur l’extrémité de la pointe. Sa portée lumineuse est estimée à 18 miles nautiques (33,5 km environ).
A l’heure romaine
On peut accéder à ce phare d’une hauteur de 13,58 m par rapport au sol par route. Sa hauteur par rapport au niveau de la mer s’élève à 34,08 m. Son rythme durant la nuit est calculé sur une fréquence de trois secondes de lumière et une seconde d’obscurité. La présence d’un groupe électrogène permet à ce phare de produire des faisceaux lumineux même en cas de rupture du courant électrique normal. A l’extérieur, nous distinguons une montre solaire et une meule romaine. Son tableau de commande date depuis sa construction par les services techniques des phares et des balises. Il a été érigé sur un site de l’époque romaine. A l’intérieur, on escalade 45 marches d’escaliers pour atteindre cette lampe de 500 watts, installée au milieu d’une pièce en bronze et enveloppée dans un gros verre épais qui canalise la lumière. Au-dessus de cette grosse lampe est collée une autre lampe de secours. A l’intérieur de ce petit bureau quelques objets devenus rares de nos jours sont soigneusement entretenus par MM. Hamimi et Brahimi. Ces deux gardiens ont préservé ce lieu qui a fait sa toilette pour nous accueillir.
En faction maritime
Notre regard se fixe sur la ville de Tipaza et nous nous interrogeons sur l’évolution anarchique du tissu urbain : des constructions multiples sans aucune âme architecturale. Au pied de la colline, le bruit des engins et des gros camions nous rappelle qu’un port est en cours de construction. Lors de sa dernière visite, le ministre des Travaux publics a mis l’accent sur l’harmonie de ce site qui fait partie du patrimoine mondial en péril. Le phare de Tipaza est en mesure de générer des ressources pendant le jour, tout en veillant à la sécurité des navigants durant la nuit. M. Hamimi, ce gardien qui a consacré 28 ans de sa vie auprès du phare de Tipaza, a tenu à préciser qu’il existe une sirène de brume pour alerter les bateaux si le brouillard envahit cette zone et empêche toute visibilité. L’emplacement du phare est un autre lieu paradisiaque de la commune de Tipaza. Sa préservation est impérative. La nature a offert ses belles couleurs. Il ne reste qu’aux décideurs de mieux gérer ce potentiel très vital pour le développement de l’activité touristique de la ville.(El Watan-19.08.04)
**La pluie, mais surtout la force des vents (80 nœuds) nous empêche de nous attarder sur les lieux. Ce monument érigé sur les cimes de la colline avait été construit en 1867.
Il est implanté sur le site archéologique, site classé par l’Unesco sur la liste du patrimoine culturel mondial. L’entreprise portugaise, qui avait été chargée de l’aménagement du port du chef-lieu de la wilaya de Tipasa, a quitté les lieux, en attendant l’achèvement des travaux. L’architecture actuelle du port, après les travaux d’aménagement, suscite encore moult remarques et critiques des riverains et des touristes. Que de cubes de béton qui cachent l’horizon.
Khalida Toumi ne s’est pas empêchée de réagir lors de sa visite au port. Les espaces du port situés au pied de la falaise sont livrés à l’incivisme, à l’insouciance et à la pollution. Des amas de détritus, de canettes et de bouteilles de bière «achalandent» le superbe décor naturel qui entoure ce phare de jalonnement.
Après avoir escaladé 38 marches et parcouru quelques mètres, nous arrivons au phare. Des travaux inachevés ont radicalement transformé les façades de ce monument plus que centenaire. Le bâti sur lequel repose l’équipement lumineux ne peut plus résister aux caprices de la nature (érosion marine, humidité, pluie, vent fort). Des amas de pierres surgissent. Le plancher a fini par céder aux infiltrations des pluies, et nous dévoile une cave dans une totale déliquescence. De l’autre côté, c’est le plafond qui s’est effondré. Le gardien du phare, père de 3 petits enfants, vit dans des conditions inhumaines.
En dépit de sa précarité, il continue à entretenir «la flamme» du phare, qui guide les marins pêcheurs et les navires qui passent durant les nuits à l’horizon, au large de cette ville touristique. La portée lumineuse de ce phare vers la mer est estimée à 33,5 km. Le phare de Tipasa risque de s’écrouler à tout moment.
En plus de la végétation qui l’entoure, le phare est pourvu d’un jardin jonché de pièces archéologiques. On y distingue des restes de monuments de l’ère romaine, tels que la montre, un moulin à huile et à grains, une colonne en marbre blanc, un chapiteau. Le silence qui caractérise cet espace paradisiaque est brisé par «le chant» des vagues qui se cognent sur la falaise au rythme des vents.
Ce phare de jalonnement, autrefois une halte pour les touristes nationaux et étrangers qui se rendaient à Tipasa, est victime de l’indifférence depuis des années.
Il risque de disparaître, pour ne laisser place qu’à des souvenirs. Le plus grave encore, c’est qu’il n’a jamais fait l’objet d’une attention particulière, ni des élus ou responsables locaux, ou encore de ceux qui sont censés le préserver et l’entretenir, afin de perpétuer son activité dans des conditions normales.(El Watan-19.10.2010.).
Ras El Afia, l’enchanteur, à l’ouest de Jijel
« Un rocher illuminé par l’homme et les oiseaux à toujours. » C’est par ces quelques mots consignés dans le Livre d’Or du phare qu’un architecte-paysagiste a résumé ses impressions après son passage en ce lieu incontournable pour tout visiteur de la région.
Par une matinée légèrement brumeuse et nuageuse de ce mois de juin, nous nous sommes rendus, une fois encore, au Grand Phare à moins d’une dizaine de kilomètres à l’ouest de Jijel, un phare débordant amplement de sa vocation de guide pour les bateaux dansla nuit pour s’insérer tout simplement dans le patrimoine local. Nous n’en sommes pas à notre première virée dans cet édifice intégré agréablement au site en valorisant même la valeur, mais on s’y presse, tout charmé, comme si on allait à sa découverte. Après avoir traversé la localité d’Ouled Bounar (5 km à l’ouest de Jijel), et sitôt le virage qui surplombe deux magnifiques criques abordé, s’offre, au regard charmé, le cap Afia sur lequel trône majestueusement, telle une sentinelle, le phare Ras El Afia. En quittant la RN43, il faut prendre une petite route, qui mérite bien une réfection, menant jusqu’au portail avancé du phare.
L’écueil de la salamandre
C’est sur la pointe rocheuse ouest de Leghrifat du cap Afia, une langue de terre qui avance en Y dans la mer que fut construit en 1867 le phare de Ras El Afia, communément appelé Grand Phare, pour avertir les navires de la présence de l’écueil de la salamandre à quelques milles nautiques au nord. La presqu’île qui abrite le phare et où l’on note la présence de matériels lithiques préhistoriques de différentes époques est longée à l’est par une magnifique plage avec son sable rouge caractéristique et à l’ouest, une anse très prisée par les pêcheurs invétérés. Le coin qu’on désigne par Leghrifat (chambrettes) serait probablement une allusion à l’emplacement dont subsistent, au sommet d’une colline plus au sud, les ruines d’un campement romain. Quant à Afia, bien que l’origine ne soit pas bien établie, on soupçonne une vraisemblable corruption par l’arabe du mot afia (lumière) du berbère ancien en référence à un sémaphore antique qui s’élevait dans le campement, indiquant la proximité d’Igilgilis Colonia (Jijel). Avant de longer les trois palmiers qui balisent le chemin menant vers l’escalier en pierre qui zigzague jusqu’à la porte d’accès au phare, nous rencontrons Mourad Azzoune, un des gardiens du phare, qui s’est fait une joie de nous faire visiter cette merveille.
Lanterne rouge
L’imposante bâtisse rectangulaire réalisée en maçonnerie et peinte d’un blanc éclatant est couronnée d’une tour octogonale que termine à une hauteur de 43 m la lanterne de couleur rouge qui protège la lampe et l’optique des intempéries. Un feu auxiliaire se trouvant plus bas est destiné à guider les petits bateaux qui longent la côte vu la présence de trois bancs rocheux qui émergent de l’eau à quelques centaines de mètres du phare. Le soubassement qui ceinture tout le tour de l’édifice est de pierres apparentes qui lui donnent l’aspect d’une forteresse. Ras El Afia est classé parmi les phares de jalonnement des côtes qui précisent le tracé d’une route maritime très fréquentée. A l’intérieur de la bâtisse de deux étages, nous remarquerons qu’il y a, dans ces lieux maintenus dans une propreté impeccable, assez d’espace pour y avoir aménagé deux chambres spacieuses, une cuisine et des locaux de service. De la terrasse, le visiteur découvre une vue imprenable sur la mer au nord, El-Aouana et ses pitons en cascade, à l’ouest et Lalla Mezghitane, la montagne qui veille silencieusement sur la ville de Jijel, au sud. Pareil spectacle demeure un enchantement, gravé pour toujours dans la mémoire du touriste de passage. Pour accéder au sommet de la tourelle, il faut escalader les 36 marches d’un escalier en colimaçon qui tourne dans la cage. Le dispositif optique, que protège la lanterne vitrée et colorée en rouge, est accessible par un petit escalier de neuf marches. Durant la journée, et afin de protéger les équipements des rayons du soleil, le vitrage est recouvert complètement d’une bâche. A ce niveau se trouve la lampe fixe produisant la lumière et le système optique pour la concentrer en la dirigeant vers l’horizon. Ce dernier est composé d’une lentille de Fresnel du nom de l’inventeur français de la lentille convergente formée de prismes concentriques décalés. Le dispositif mu par un moteur baigne dans une cuve de mercure, qui assure la sustentation du plateau, et le fait tourner docilement. Le phare, dont les coordonnées géographiques sont de 36°49’N et 5°42’E, émet dès la tombée de la nuit un éclat rouge avec une période d’occultation de cinq secondes, soit le temps d’une rotation. Ras El Afia est sans conteste la cerise sur le gâteau succulent qu’est la corniche jijelienne qui n’a de cesse envoûté le touriste par ses ingrédients de choix : la mer, la forêt et la montagne.(09.07.04.)
LE PHARE DE CAP CAXINE , à l’ouest-nord-ouest du port d’Alger, à Baïnem….
Porté au sommet d’une tour, le phare reste un instrument de haute fiabilité plus ou moins puissant destiné à guider les navires durant la nuit. Ce dispositif de sécurité, que les maîtres de phare aiment appeler « œil du navire », borde les côtes. Les 1200 km de côtes algériennes sont jalonnées de 26 phares dont 10 permettant de renforcer la sécurité de la navigation maritime.
Pour l’histoire, le phare tire son origine du mot grec pharos, qui désigne le nom d’une île grecque située près d’Alexandrie. C’est au IIIe siècle av. J.-C., que Ptolémée Sôter commanda la construction du premier phare, celui d’Alexandrie dont les travaux nécessitèrent plusieurs années. Il aurait été construit pour protéger les marins de la côte d’Alexandrie bien sûr, mais aussi en tant qu’œuvre de propagande. Cette tour au sommet de laquelle brûlait un feu de bois, la nuit pour guider les navires, est l’une des sept merveilles du monde. « Le phare est l’œil du navire », nous dit Mohamed Brahimi, ancien maître de phare du cap Caxine, construit en 1868 et situé à l’ouest-nord-ouest du port d’Alger, à Baïnem. Il se rappelle du temps de la lampe d’Aladin qui servait de repère pour les navires avant l’électrification du phare en 1948. Nous rendons visite dans ce site de l’Office national de signalisation maritime (ONSM) qui relève du ministère des Travaux publics. « La salle de veille dispose d’une commande automatisée et d’une grande armoire, comprenant un radiophare, une batterie de feu, et un équilibrage et un alternatif. Celle-ci est troquée contre un dispositif qui épouse l’air du temps, de plus en plus technologique », nous explique Hamid Chaâllal, maître de phare qui engrange 18 années d’activité dans cette structure implantée sur un site de 4 ou de 5 ha. Une eclaircie marine Un site dégagé de tout obstacle pour permettre aux navigateurs de bien voir le phare. « Je ne peux m’en passer, nous confie-t-il, de ce lieu où le sifflement du vent et le bruissement né du ressac sont devenus mes compagnons de nuit. » En promontoire, se trouve le GPS et la tour qui trône à une hauteur de 37,4 m. Le séisme n’a pas ébranlé sa structure, sinon quelques fissures esquissent une partie de sa paroi. A l’entrée de la tour, une salle fait office d’un petit musée rassemblant des instruments désuets (barographe, optique, lampe Aladin, émetteur-récepteur…) faisant partie du premier dispositif de sécurité. Un éventail supplanté par des instruments plus performants et qui s’adaptent aux exigences du moment, rappelle-t-il à notre endroit. Nous empruntons les escaliers en colimaçon, avant d’atteindre la coupole qui donne sur une rambarde. Elle comprend le soubassement du phare fonctionnant au mercure et sur lequel pivote une lanterne munie d’une lampe de 1000 w et d’une optique à quatre panneaux projetant un faisceau lumineux d’une portée de 31 miles (environ 53 km). La lentille Fresnel qui porte le nom de l’ingénieur des ponts et chaussées est composée d’une multitude d’anneaux de verre concentriques, situés les uns sur les autres. Elle augmente la puissance et la portée autour d’une source lumineuse. Pleins feux Par exemple, une simple ampoule de 4 cm de hauteur (1000 w) peut être visible à plus de 20 km. « Dès qu’il y a un ennui, nous dit M. Challal, nous avisons la capitainerie d’Alger qui signale la panne du phare à tous les navires. » Et d’enchaîner : « Il nous arrive parfois que certains armateurs nous font porter la responsabilité de l’échouage de leurs navires et ce, en prétextant la défaillance de notre système de signalisation. » Pourquoi ? « Une manière, peut-être, de vouloir se débarrasser de leur rafiot pour pouvoir bénéficier de dédommagements de leur assureur », susurre-t-il. Bien que des navigateurs fassent des remarques quant à la signalisation du phare, celui-ci n’est jamais superflu. « Notre rôle, explique le directeur adjoint de l’ONMS, Slimane Haddad, constitue de renforcer la sécurité de la navigation et le maintien de la haute fiabilité de nos systèmes et de nos instruments qui viennent en appoint des instruments de navigation utilisés. » Et de conclure que « la mission qui nous incombe est d’assurer une bonne couverture de la côte tout en améliorant la signalisation, de Ghazaouet à El Kala, à travers un patrimoine constitué de 26 phares, de 160 feux de port, de 20 bouées de balisage, de trois stations de DGPS outre le recueil et le traitement de mesures hydrographiques. »(El Watan-26.08.06.)
Cap carbon, le plus haut du monde…Béjaia.
Le cap est une tête insulaire et toute en protubérances, qui tend dans l’eau une sorte de cou hérissé de roches blanches, de pins maritimes et de maquis. Le dôme aux pans abrupts, dressé en avant de la côte comme né d’une poussée sous-marine, penche dans l’autre sens puis monte en direction du Parc national de Gouraya dont il est le prolongement. Sa base, que fouette l’écume, est percée de part et d’autre par des arches qui fixent l’un des traits naturels caractéristiques de la région sur les bonnes vieilles cartes postales.
« Peu d’endroits de la mer Méditerranée sont d’un effet aussi surprenant, aussi beau que la vue sur l’extrémité du Cap Carbon », écrit Luis Salvator De Hasbourg, archiduc d’Autriche dans son livre Bougie, la perle de l’Afrique du Nord (réédité par L’Harmattan en 1999). Difficile quand même de croire que, bien des lustres après l’érection par Ptolémée II du fameux phare sur l’Ile de Pharos dans l’ancienne Egypte (285 av. J.-C.), l’antique Saldae, où tous les temps s’étaient conjugués avec l’activité navale, pas seulement dans l’imaginaire prolixe de la postérité, n’a pas eu sa sentinelle lumineuse, ou une ancêtre équivalente, en des âges autrement plus précoces. Bien avant les Français, les Béjaouis se sont distingués parmi les corsaires les plus redoutés, rapporte l’illustre Ibn Khaldoun. Pedro Navaro, un nom aux consonnes prédestinées, a conduit les compagnies espagnoles, pour l’installation de comptoirs coloniaux. L’empereur Charles Quint, conquérant parmi les conquérants, au nom de la Monarchie universelle, lui venait en renfort en cette citadelle tant convoitée. Puis les attaques turques conduites par le mythique Arroudj… Autant de monde qui, à une étape donnée de l’histoire, a pris la mer pour prendre Béjaïa. Les techniciens de l’Office national de signalisation maritime (ONSM) apprennent donc que l’érection du phare a été amorcée vers 1870, en cette même période où le port de Béjaïa fut érigé en port de guerre, par une administration française qui n’a pas hésité à exploiter des autochtones et qui comptait bien amarrer le sud de la Méditerranée au destin de la métropole.
Passé de navigateurs
L’irrégulière côte béjaouie offrait des pics et des paumes ouverts vers le ciel où l’on pouvait implanter phare et sémaphore. Le Cap Carbon est de ceux-là d’autant que son jaillissement en poste avancé dans la mer lui procure un surplomb panoramique sur cette grande bleue, labourée durant des lustres par les flottes commerciales entre deux ruées de navires de guerre qui montaient à l’assaut. Le périmètre est le territoire historique de colonies de singes magot, celles-là même qui continuent à peupler discrètement les hauteurs maritimes et à toiser la ville et ses pénates. La première incandescence, en provenance du cylindre du phare ne fut possible que durant l’année 1906. Le phare du Cap Carbon culmine à près de 242 m (jusqu’à l’axe de la lampe), au-dessus du niveau de la mer, alors que la tourelle proprement dite s’élève, quant à elle, à près de 15 m du niveau du sol constitué par le site naturel. La portée du phare, celle que le navigateur peut repérer à l’œil nu, oscille, quand les conditions climatiques sont favorables, entre 26 et 29 milles nautiques, soit un peu plus de 50 km. Phare d’atterrissage, tel que classé dans le jargon des navigateurs, par opposition au phare de jalonnement, celui du Cap Carbon ne balise pas seulement les trajectoires vers les bons ports, mais projette son faisceau pour rassurer que les quais de Béjaïa sont presque à portée de brasses. Par un chemin taillé à même les flancs de la falaise, la descente vers le cap, puis la montée vers le phare, est un moment de grand délice pour les yeux. L’eau est si limpide et ses reflets si nuancés en bas, que l’un de nos accompagnateurs, professionnel polyvalent qui connaît les coins et recoins du périmètre marin de Béjaïa, arrive à lire, sur la surface à peine agitée de la mer, les subtils reliefs du fond. « Le site était tellement beau avant que les incendies ne mordent si goulûment dans le manteau végétal. » Visiteur d’un jour, nous arrivons difficilement à croire que le site peut être plus beau qu’il ne l’est sous nos yeux ébahis. « D’ici, la vue est surtout belle vers l’ouest, sur la côte, avec le récif des pisans proéminent (…). Là, à l’ombre du versant, les eaux profondes sont d’un bleu particulièrement intense, presque comme la pierre Lapis Lazuli. Les bateaux à voile, qui apparaissent de temps en temps au loin, semblent des mouettes en comparaison avec la pyramide géante de la nature », s’éblouissait encore le prince autrichien, globe-trotter qui a succombé aux charmes de B’gayet. Notre arrivée à la plate-forme du phare interrompt ferme la méditation falote d’un singe sur un petit pic rocheux. Sans se presser le moins du monde, et l’air un peu ennuyé, le primate esquisse un mouvement traînard vers une autre saillie de la falaise et reprend sa posture béate. Ici, les singes font partie du décor et les gardiens du phare, le mot amusé, nous apprendront plus tard qu’il n’est pas bon de laisser les fenêtres et les portes des locaux de servitude ouvertes tant les magots ne se gênent pas pour se servir dans le garde-manger. « De sales types ces singes que je vous dit ! », plaisante ce gardien qui nous sert du café en guise de bienvenue. Organisé en ronde hebdomadaire de trois gardiens, le relais du personnel chargé du fonctionnement du phare est une sorte d’ermitage, intermittent certes. « Nous passons le temps à de petites tâches d’entretien, au contrôle du matériel… Pour le reste, nous avons la télé et la radio et surtout toute la beauté du cadre que vous voyez », décrit simplement un autre gardien un peu intimidé par notre virée. Demandez-le à tous les gardiens de phare, la hantise reste les salves aiguës des foudres qui ne parviennent pas à endiguer les systèmes de protection.
Coup de foudre
Sur place on nous montrera les impacts d’un éclair particulièrement foudroyant qui a brisé un quartier de roc et l’a envoyé en éclats avant de propager le feu dans les câbles des installations. Des recoins des sobres locaux gardent, en stigmates, des traînées de suie générées par les décharges venant du ciel. Dans la nuit des orages, on se tient donc le ventre. Sinon, quand le ciel renonce à tempêter, les paquets d’oxygène iodés venant du large relaient le murmure de l’immensité repue, selon le mot de Djaout, pour encore magnifier le havre haut perché et le rétablir dans sa quiétude éthérée. Sautter Harlé & Cie, Paris 1905. La plaque en cuivre vissée sur l’impressionnant cylindre du phare renseigne sur l’origine de l’installation. Cela amplifie l’impression d’être en face d’une pièce de musée, dès l’abord inspiré par le métal noble d’une lourde manivelle, l’éclat têtu de deux réservoirs, l’un à pétrole et l’autre à pression, une imposante cuve de rotation à mercure et la charpente robuste de la serre vitrée. Cela finit de conférer au tout l’aspect pointu et un peu kitsch d’une tour de contrôle. La disposition concentrique des verres taillés décuple l’éclat d’une lampe qui ne paye pourtant pas de mine, pour la propager en faisceau puissant vers le large. Un système alambiqué pour le profane, se plaçant entre le technologique, version des anciens, et l’artisanal ingénieux. Nous ne quittons pas le superbe nid sans avoir griffonné des mots sur le registre de visite inauguré au début du siècle dernier. Les pages jaunies du cahier, une autre pièce de musée ne sont pas épaisses malgré les strates des années. Le temps est une notion qui semble avoir une variante propre au phare. Il est vrai aussi que les visites sont rares dans ce dôme qui est autant ouvert vers le large que fermé, par le paravent majestueux de Gouraya, vers la ville toute proche. Lorgnées, quelques impressions de visiteurs couchées sur le papier, à des décennies d’intervalle, confluent toutes vers l’émerveillement. Nous y avons laissé, en sus, l’expression d’une nostalgie anticipée. Et pour cause. Les performances des nouvelles technologies de navigation, qui se fient plus à présent à l’omniscience des satellites beaucoup plus qu’elles ne guettent le fanal venant des côtes, repoussent de plus en plus le phare dans la réserve goulue des monuments du passé. Les concepteurs de la sentinelle qui tutoie la haute brume ne se sont pas doutés que le jour viendra où leur tension vers le ciel sera rendue pathétique par l’œil et l’ouïe de ces balises interactives qui balayent le monde arrimées à leurs lointaines orbites. Paradoxalement, la situation tend beaucoup plus à épaissir le mythe qui entoure les structures qu’à les disqualifier et les reléguer au rang de vestiges meublant la géographie de la m&eacu