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Mythe républicain et réalité intégriste.

Mythe républicain et réalité intégriste

Par : Mustapha Hammouche

Deux chaînes de la radio publique algérienne. Dans une courte intervalle, alors que, sur la Chaîne III, Farouk Ksentini, homme de droit et président de la Commission officielle de défense des droits de l’Homme, déclarait que “l’Algérie est un État laïque”, sur la station Jil FM, Cheikh Chemseddine, télé-imam de la chaîne Ennahar-TV, justifiait, quant à lui, l’amour d’un homme de trente-sept ans pour une enfant de douze ans.
Pour les besoins de la cause, celle, propre à notre pays, d’un pouvoir autoritaire entretenant les droits de l’Homme, Maître Ksentini revendiquait “une République à Constitution laïque”. De son côté, Cheikh Chemseddine expliquait que l’amour pédophile d’un plus que trentenaire pour une fillette prépubère était tout à fait légitime. Même s’il dut, pour cela, aller pêcher des arguments absurdes : soit l’homme de trente sept-ans n’était pas mûr et avait donc l’âge mental de la gamine bien aimée ; soit il était “adulte, même dans son esprit, et que cette fille de 12 ans” était “mûre”. Mais… “Douze ans, mais c’est une femme !”, s’était-il exclamé. Bref, cet amour, s’il devait se conclure par le mariage, jouirait de sa bénédiction !
Peut-être même que l’amateur de tendresse en herbe irait jusqu’à faire valoir l’argument de cette fetwa auprès de la famille, voire auprès des autorités d’état civil… ! Il suffit d’aller dans les administrations pour constater que la “République” paie des agents pour appliquer la loi ; mais ceux-ci sont plus portés à faire respecter les commandements des prêcheurs.
Pendant ce temps-là, Maître Ksentini peut toujours insister sur “la laïcité de la République algérienne”. Mais ce n’est pas lui qui forme la conscience des citoyens ni la conscience de ceux qui sont chargés d’appliquer… les lois de la République ! Dans la rue, comme dans les institutions, on vous pardonnera aisément un écart à la réglementation, mais jamais un écart au dogme. D’ailleurs, le président de la CNDDPH l’avoue, par inattention, probablement. “L’Algérie est laïque”, répétait-t-il, “simplement, les gens n’osent pas le dire. Ils n’osent pas le proclamer, parce qu’ils confondent entre la laïcité et l’athéisme”.
“Les gens qui n’osent pas”, c’est qui, Maître ? Ce sont ceux qui sont censés garantir la “républicanité” de la “République”, n’est-ce pas ? C’est-à-dire le pouvoir et les responsables institutionnels. “Ils n’osent pas la proclamer”, vous dites, “parce qu’ils confondent entre la laïcité et l’athéisme”. Et ce sont qui les autres “gens” qui, eux, osent confondre “entre la laïcité et l’athéisme” ? Ce sont les prêcheurs de l’État théocratique ? Résumons : “Les institutionnels” de la République font ce que veulent les prêcheurs.
L’Algérie n’est pas un État laïque. Parce que “des gens” n’osent pas proclamer la laïcité de l’État, parce qu’ils ont peur “des gens” qui pourraient les accabler, par un simple et pernicieux glissement sémantique, d’athéisme. Comme si l’athéisme n’était pas un droit constitutif du principe de laïcité ! L’intégrisme a, sur la République, la supériorité que lui confère la cohérence des adeptes. On ne peut vaincre une option que l’on craint d’affronter. C’est pour cela que l’Algérie n’est pas — et ne pourra pas — être un État laïque, une République.


M. H.
musthammouche@yahoo.fr

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