Eklablog Tous les blogs Top blogs Lifestyle
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Publicité

L emir Abdelkader et la Legion d honneur

Extrait

Images d’Abd el-Kader : pièces pour un bicentenaire

: ...Soyons justes : il y eut quelques portraits pacifiques. Celui de Cogniet en particulier, exécuté à Amboise juste après la libération de l’émir21. Il est reproduit en couverture, et également p. 10122. En tout cas, on a recadré l’image de façon à ce qu’on ne voie pas le chapelet du pieux soufi - en ce temps d’intense lutte antimaraboutique, il faut aussi oblitérer le lien de l’émir avec le milieu confrérique.

24Au verso de ce tableau, on trouve l’indice d’un autre attribut majeur qu’il s’agit de cacher : une réunion, pacifique cette fois, dans une salle de réception parisienne, avec un orchestre de cuivres qui se produit devant un public composé de femmes et d’un groupe d’Algériens. Rien de très inquiétant dans cette gravure de « L’émir Abdelkader chez Alphonse Sax » (p. 102). Cette reproduction nous intéresse cependant parce qu’elle est extraite d’un journal où figurait, en vis-à-vis, un portrait de l’émir qui, précisément, n’est pas reproduit. Ce portrait mériterait pourtant de figurer ici : il est digne et relativement exact. S’il a dû être écarté, c’est parce qu’y avait été rajoutée, grossièrement appliquée sur la gravure, une plaque de la Légion d’honneur. Ce portrait ouvrait l’article annonçant l’arrivée de l’émir en 1862, la première depuis les événements de Damas à la suite de quoi il avait reçu la prestigieuse décoration. Les contemporains qui ne disposaient pas d’image adéquate pour illustrer l’événement n’avaient pas hésité à la mettre en conformité avec la réalité, y ajoutant la légende assassine : « L’émir Abd el-Kader, Grand-Croix de la Légion d’honneur, arrivé récemment à Paris ».

25On a ainsi la clé de cette absence, et de celle de tant d’autres images : si les photographies en particulier ont été exclues de ce recueil, c’est parce que l’on y trouvait de façon trop visible une marque distinctive, devenue négative dans l’Algérie postcoloniale : la Légion d’honneur. On déduit de cela que, dans l’étude de l’iconographie, il faut analyser autant, sinon plus encore, ce qui n’a pas été reproduit, et dont on peut inférer que ça a été écarté.

Auteur  : François Pouillon Directeur d’études à l’EHESS, Paris.

Source : https://journals.openedition.org/anneemaghreb/425#ftn23

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article