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Al-Qaïda, c’est tellement rassurant... Al-Qaïda au Maghreb islamique, encore plus!

L'assassinat de Michel Germaneau (78 ans), enlevé au Niger le
19 avril dernier par des activistes d'Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI), a suscité une évidente réprobation tout en soulevant nombre de questions. Les éditorialistes ont aussitôt
rapproché cet acte barbare des attentats commis par les
Shebab, aile dure de l'Union somalienne des tribunaux islamiques se réclamant d'Al-Qaïda. D'autres encore ont fait, tout
aussi promptement, le lien entre les activistes sahéliens et
somaliens avec les Taliban afghans et pakistanais, n'hésitant
pas à parler d'un arc de menace continu allant des boîtes de
nuit du Maroc à celles de Bali...
Al-Qaïda renaissait des cendres des tours du World Trade
Center de New York. Depuis le 11 septembre 2001, le label AlQaïda a subrepticement glissé de la désignation d'une bande
de malfaiteurs, dont Ben Laden était le chef, à celle d'une
organisation high-tech, puis enfin, à la qualification d'un
réseau planétaire de type network. Al-Qaïda s'est CNNisée,
comme la chaîne Al-Jazeera qui sert sa communication.
Al-Qaïda est partout, donc nulle part. Tel l'imam caché, Ben
Laden, à la fois mort et vivant, est derrière chaque explosion
inexpliquée. Ouf ! Son organisation tentaculaire est là pour
donner sens à toutes les menaces du monde. Oussama Ben
Laden, le Grand mamamouchi du mal, est là au sommet de la
pyramide de l'Orchestre vert, pour donner un visage à toutes
nos peurs.
Être ainsi confronté à une organisation qui procède du fantasme pyramidal est totalement rassurant. « La pyramide impose son ordre. L'efficacité naît de la hiérarchie. Ce schéma
infiltre l'ensemble des structures sociales. Le modèle dominant marque de son sceau toute organisation. Il couvre de son
ombre le champ organisationnel. Pyramide familiale, militaire,
syndicale, politique. L'organigramme se coule dans le moule
pyramidal. La pyramide assure sa survie en introduisant à travers les organisations un processus de dévoilement progressif. Pour et par l'organisation, rien n'est jamais accessible
dans la totalité et l'immédiateté. Tout passe par l'initiation
progressive »
1
Ainsi de la guerre sans fin contre la terreur, à .
celles d'Irak et d'Afghanistan, le fantasme pyramidal justifie
les ripostes globales et indifférenciées, pourtant inaptes à la
complexité du phénomène terroriste.
De l'Asie centrale à l'Afrique sahélienne en passant par la
Corne de l'Afrique et l'Asie du Sud-est, les différents théâtres
de violences terroristes mériteraient d'être explorés de maniè-
re beaucoup plus serrée et approfondie que de faire l'objet
d'une simple classification sur l'axe du mal
. Ainsi pourraient
apparaître les différences anthropologiques, sinon politiques,
permettant trois remarques provisoires : Al-Qaïda n'existe pas
en tant qu'organisation
opérationnelle centrale
mais coiffe de multiples
réseaux plus ou moins
directement connectés ;
les ripostes militaires américaines ne sont pas adéquates à la
menace ; l'arrogance technologique empêche toute analyse
pertinente de cette menace composite et polymorphe.
Adapté à la région sahélienne, ce constat permet de démystifier AQMI et de remonter à trois causes de la violence terroriste en cours :


1) Des États défaillants et des armées mercenarisées, sans
solde, qui se paient sur les populations locales qu'elles sont
censées contrôler en instaurant un système payant de protection, de vente d'essence et de matériels. C'est le cas du nordest de la Mauritanie où sont intervenus les militaires français.


2) AQMI recrute essentiellement des jeunes, artisans et étudiants en rupture de clan, sans perspective d'avenir sinon
celle de la contrebande, du banditisme et des trafics locaux.
Les tribus Touareg n'ont, a priori, pas la vocation de rejoindre
ces groupes qu'elles côtoient en fonction de leurs besoins
matériels en essence et en armes.


3) Le Sahel est devenu la tête de pont des grands cartels
colombiens de la drogue. Ces derniers ont installé différentes
filiales locales reposant sur le système tribal et le banditisme
local.
Les aides financières aux madrassas locales dispensées par
les banques et les ONG saoudiennes (notamment dans le nord
du Nigéria à Kano) sont largement détournée pour financer
les différentes composantes de l'AQMI.
Ces trois causes nous ramènent invariablement au grand
Crime organisé, allié à un banditisme local difficilement globalisable ! L'habillage « jihadiste » arrange tout le monde : les
bandits qui blanchissent ainsi leurs razzias au nom d'une
grande cause antioccidentale, les autorités locales qui en profitent pour « islamiser » et criminaliser leurs opposants, enfin,
les pays occidentaux qui préfèrent accréditer le fantasme
d'une menace globale à l'identification de déséquilibres politiques et économiques dans lesquels ils sont souvent impliqués directement.

1/ Yves Stourdzé : Organisation, anti-organisation. Editions Mame,
1973. 

Source :http://www.cybel.fr/html/Communaute/defense/affiche_pdf.php?numero_revue=147&pdf=billet_147.pdf

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