• Une goutte d'eau ,après une autre ,finit par transpercer le marbre le plus dur !Un bidon d

     

    En quoi est libre cette femme, juge, médecin, chercheur, enseignante, journaliste ou ingénieur, qui doit se battre chaque jour pour s'imposer dans son monde misogyne et pour arracher le respect de ses collègues et subalternes misandres ? En quoi est émancipée cette femme magistrate qui décide de la destinée de ses concitoyens et se trouve inapte légalement à disposer de la sienne ? Les incohérences et le burlesque de la condition féminine, en Algérie, sont innombrables. L'Algérienne par la force des choses -colonialisme oblige- a hérité des droits de la Française à l'éducation et de son droit au vote. Le socialisme choisi, juste après l'indépendance, lui permet d'accéder au salaire égal à celui de son collègue homme. L'Algérienne aurait pu, certainement, accéder à d'autres acquis, si l'APN de 1984 ne l'avait pas freinée et ne lui avait pas imposé l'infâme code de la famille qui l'a réduite au rang de citoyen de second degré. Jusqu'à cette sinistre date, le code civil était la seule loi régissant l'état civil. Depuis, surgissent des problèmes sans fin. Femmes répudiées, femmes jetées à la rue. Privées de leurs enfants, de leur logement, des milliers de femmes algériennes ont fait l'amère connaissance de ce code scélérat. Tous leurs problèmes ne portent qu'un seul nom : le code de la famille.

    21 ans après sa promulgation, et sous la pression des organisations féminines et des ONG internationales, les pouvoirs publics décident de revisiter leur code. Les femmes reprennent espoir. Elles attendent une évolution dans le texte sur lequel planchent les juristes. L'espoir atteint son paroxysme lorsque le chef de l'Etat s'engage publiquement à lever l'injustice et fait de ces amendements l'un de ses chevaux de bataille. Quelle ne fut pas, alors, la déception lorsque le texte amendé par ordonnance, pour contourner la levée de boucliers des conservateurs et des islamistes à l'Assemblée populaire nationale, est rendu public.

    La montagne accouche d'une souris. Mis à part quelques réaménagements dans la forme, le fond du texte reste intact. Les dispositions introduites n'ont eu qu'un seul point positif : la célérité du versement des indemnités aux femmes répudiées. Pour le reste, rien n'a changé. La très timide réforme du code de la famille a rencontré une résistance farouche, qui l'a littéralement vidé de son sens et a fait reculer le pouvoir. Le chef de l'Etat devait faire un choix : ouvrir la porte de la réforme sur ses deux battants ou la fermer définitivement, mais pas les deux ensemble et en même temps. Les amendements adoptés sont très en-deçà des espérances, insuffisants et dégagent une impression de légèreté et de futilité. Faut-il encore faire un triste état des lieux de la condition féminine qui cumule tous les facteurs négatifs. Ce que les sociologues appellent la complémentarité inégalitaire des sexes, réserve aux femmes la sphère domestique et aux hommes la sphère sociale, celle de la politique. La femme est associée à la nature, l'homme à la culture et à la loi qu'il incarne. Ali Yahia Abdenour avait très justement dit que « le fondement de l'inégalité est culturel. La femme n'est pas la moitié de l'homme mais un être entier. Ses performances intellectuelles sont égales à celles de l'homme. La matière grise n'a pas de sexe. La femme n'est ni supérieure ni inférieure à l'homme mais son égale, qui sait le soutenir et le réconforter ».

    Ainsi, l'autorisation de la première épouse devant le juge est requise dans le but de contrôler l'exercice de la polygamie, qui n'est, faut-il le rappeler, ni un droit ni une obligation, mais seulement une autorisation. La polygamie et la répudiation sont, selon le code de la famille, le privilège de l'homme.

    L'égalité devant la loi en matière de mariage, de divorce, de partage équitable du patrimoine commun en cas de divorce, le droit de la femme au logement quand elle a la garde des enfants, la substitution de l'autorité paternelle restent un rêve pieux. Dans un pays où battre sa femme ne constitue pas un délit mais une preuve de virilité et de caractère, un lien de sujétion et de subordination, la violence généralisée que vivent une grande proportion de femmes à l'intérieur du foyer est inimaginable. Le parrain de la réforme pompeusement annoncée a, de toute évidence, failli. L'initiateur du texte a manqué de courage. Les calculs politiques ont primé sur tout.

    Aujourd'hui, le combat des femmes doit se concentrer sur un seul objectif : la suppression pure et simple de ce texte. Et qu'on ne ressorte surtout plus les arguments religieux. En quoi les femmes d'aujourd'hui sont-elles plus musulmanes que celles qui se sont mariées avant l'existence de ce texte ? En quoi l'islam a-t-il été lésé lorsque nos mères se mariaient sous le régime du code civil ? Ceux qui croient que les femmes sont protégées et libérées par ce code infâme font fausse route car, comme l'affirmait si bien Goethe, « il n'y a plus désespérément esclave que celui qui se croit libre à tort ».

    L'Algérienne n'a pas besoin, aujourd'hui, d'une évolution dans les textes mais d'une révolution qui imposerait une équité totale. Le domptage des esprits rétrogrades suivra certainement. La force de la loi fera plier les plus récalcitrants. Ce n'est qu'à ce moment-là qu'on pourra fêter le 8 mars. Tout ce qui se fera sans cela n'est que folklore.

    G. H.
    Source : La Tribune

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