• Un editorial douloureux

    Mépris pour les Algériens

    06 décembre 2018 à 11 h 00 min

    Abdelaziz Bouteflika avait annoncé en 1999 à des intimes que maintenant qu’il était à la Présidence, il ne la quittera que les pieds devant. Pour avoir fait cette révélation, le sénateur Yacef Saâdi a été puni. Son mandat n’a pas été renouvelé en guise de représailles.

    Mais Bouteflika persiste et signe. Il fait réviser la Constitution laissée en héritage par Liamine Zéroual, qui limitait le mandat présidentiel à deux, fait unique à cette époque dans le monde arabe. A la fin de son second mandat, Bouteflika se crée, sur mesure, une loi fondamentale qui met fin à la limitation des mandats. Il avait omis dès lors les lois de la biologie. La maladie s’empare de lui et l’empêche de poursuivre normalement sa présidence, au point qu’il est pratiquement aujourd’hui hors du coup, poussant un ancien ambassadeur de France à Alger et ex-patron de la DGSE, Bernard Bajolet en l’occurrence, à dire qu’il est maintenu en vie artificiellement.

    L’idée de mourir Président ne lâche pas le locataire d’El Mouradia, ou plutôt de Zéralda. Peu lui importe que le pays soit paralysé, que son avenir est des plus incertains. Il lui faut la présidence à vie avec, après sa mort, des funérailles nationales, même si cela implique le chaos pour le pays, surtout que tous les voyants sont au rouge pour 2019. Pour cela, il a mobilisé tous les profiteurs de son système, tous ses laudateurs. S’ils ne parlent pas tous ces temps-ci d’un 5e mandat, ils ont trouvé par contre des subterfuges pour leurrer les Algériens qu’ils prennent pour des débiles mentaux et des imbéciles.

    Ce sont surtout des gens qui ont peur de rendre des comptes à l’avenir et qui se démènent et cherchent à brouiller les cartes. La dernière trouvaille vient de Amar Ghoul, le chef de l’artificiel TAJ, qui propose «une conférence nationale inclusive qui sera organisée sous l’égide (…) du Président !» Le ballon-sonde est lancé. Ghoul, qui a toutes les raisons du monde d’obéir au doigt et à l’œil au clan sous peine de sanctions, ne peut avancer une telle proposition sans avoir le feu vert.

    Avant-lui, Abderrazak Makri, le président du MSP, a appelé à reporter d’une année l’élection présidentielle, c’est-à-dire laisser Bouteflika encore une année à la tête de l’Etat. Il ne dit pas qui lui a soufflé cette idée, mais lui aussi contribue à jeter davantage de désarroi chez le citoyen algérien. Il faut dire que le clan a peur de l’avenir.

    Il a fait trop de mal au pays et il ne sait plus ce qu’il doit faire. Il n’y a pas de successeur potentiel et il craint de devoir rendre des comptes en cas de changement. D’ores et déjà, il cherche à détourner l’attention en brandissant le spectre de la déstabilisation suite aux grèves et aux émeutes qui éclatent ça et là à travers le pays.

    De toute évidence, toutes les idées qui sont avancées actuellement sont anticonstitutionnelles. Il s’agira de triturer encore une fois la Constitution pour faire plaisir à un seul homme au détriment des intérêts des 42 millions d’Algériens.

    Quand les «22» avait décidé de «jeter la Révolution dans la rue» pour qu’elle soit prise à bras-le-corps par le peuple, les événements leur ont donné raison. Mais ces héros n’avaient jamais imaginé que cette Révolution serait trahie à ce point, piétinée, humiliée non pas par des harkis, mais par des hommes qui se prétendent algériens.

    « Pierre Bourdieu - Le capital social.Le Lion du désert VF 1981 720p Libye Omar Moukhtar »
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