• Saad Zaghloul

    Saad Zaghloul

    Par R. L.

    Le nom de Zaghloul est associé à la naissance du nationalisme égyptien. Il est en effet celui qui donnera au Wafd Wafd, qui signifie « délégation », est le nom de l’un des premiers partis nationalistes égyptiens, né avec le XXe siècle. son acte de naissance.

    Zaghloul est ainsi une figure importante de cette classe de jeunes intellectuels soucieux de faire entrer l’Egypte dans son temps. À bien des égards, il a contribué à la naissance d’une pensée politique moderne en Egypte. Son parcours est intéressant dans la mesure où il est issu d’une classe intellectuelle traditionnelle, dont les codes sont encore ceux du XIXe siècle, mais connaît à la fois des bouleversements politiques modernes de grande ampleur, à commencer par la Première Guerre mondiale. C’est à cette ambivalence créatrice qu’il nous faut nous intéresser, afin de voir en quoi Zaghloul a été un médiateur entre la pensée arabe réformiste traditionnelle (Tahtawi, ‘Abduh, etc.) et le XXe siècle.

    Ami et disciple de ‘Abduh

    Zaghloul est issu d’une famille égyptienne traditionnelle, semblable à celle de Abduh. Après avoir suivi son enseignement primaire dans une petite école religieuse, il est tout naturellement envoyé à al-Azhar en 1871. Or, c’est également l’année qui voit al-Afghani arriver au Caire. C’est au cours des leçons informelles professées par ce dernier que Zaghloul sera sensibilisé à la notion de « réforme ». S’il est un disciple d’Afghani, il sera également l’élève de ‘Abduh, de quelques années son aîné. C’est avec lui qu’il rejoindra en 1880 l’équipe de la gazette officielle. Par cet intermédiaire, il obtiendra ses premières fonctions politiques.
    Avec l’occupation britannique toutefois, sa carrière politique est momentanément interrompue. Le rôle qu’il a alors joué dans le mouvement nationaliste de l’époque n’est pas tout à fait clair, mais Hourani affirme qu’il a au moins eu de la sympathie à son égard [1]. Après un court emprisonnement pour ces sympathies, il exerce la profession d’avocat pendant près de dix ans et est nommé juge en 1892. À partir de cette date, il travailla avec ‘Abduh et Qasim Amin à la refondation des lois du pays, tâche qu’ils jugeaient être la plus noble et la plus pressante en regard des évolutions modernes auxquelles il fallait se conformer. Les idées de Zaghloul sont à cette époque essentiellement celles qu’il a apprises de ‘Abduh. Il accorde un rôle fondamental à l’éducation et à la loi, et considère que ces deux domaines doivent être en priorité concernés par la réforme. Dans le domaine de la justice, il se fonde alors sur le principe du maslaha, ou intérêt général. Son travail de juge peut alors être perçu comme une application des principes de réforme de la loi islamique dans le cadre séculier qu’était celui des cours de justice. C’est également à cette époque qu’il recommence à fréquenter les cercles politiques.

    Une personnalité politique de premier plan

    Il fréquenta en effet le premier salon politique moderne du Moyen-Orient, celui de la Princesse Nazli. De plus en plus familier de ces cercles, il rencontra la fille du Premier ministre de l’époque, Mustafa Fahmi Pacha, qu’il épousa en 1896. Fort de son appui familial, il fut progressivement associé à l’appareil dirigeant.
    En 1906, il est nommé ministre de l’Education par le khédive, sous la pression des Britanniques, qui jugent de plus en plus nécessaire d’associer des Egyptiens au gouvernement pour masquer leur pouvoir grandissant. Zaghloul sera alors l’un des rares dirigeants égyptiens de l’époque à imposer son autorité aux « conseillers » britanniques dont il était entouré. Il conduira ainsi de nombreuses réformes, et favorisera ainsi l’augmentation du nombre d’écoles. En 1910, il est promu au ministère de la Justice, mais l’exercice du pouvoir se révèle de plus en plus difficile pour lui. En effet, il aurait aimé s’associer à un partenariat britanno-égyptien qui aurait visé à diminuer les pouvoirs du khédive au profit d’une assemblée proprement égyptienne. Il sentait en Cromer un potentiel allié, mais celui-ci est remplacé par Gorst, puis par Kitchener, qui mènent au contraire une politique favorable au khédive, et finalement défavorable à l’indépendance du pays.
    Zaghloul démissionne donc en 1913. Il se présente alors aux élections législatives et devient vice-président de l’Assemblée élue. Il devient ainsi le leader de l’opposition naissante, qui s’oppose aussi bien aux pouvoirs du khédive qu’à la puissance britannique qui le soutient. En 1914, cette Assemblée est toutefois brisée dans son élan, et la guerre marque un arrêt presque instantané des discussions législatives.

    La rupture de la guerre et la lutte contre les puissances étrangères

    Avec la guerre, le nationalisme égyptien change de nature. Alors qu’il était plutôt le fait de quelques élites éclairées, il devient un phénomène susceptible de toucher le peuple dans son ensemble. En effet, le pouvoir ottoman est défait et l’Egypte devient un protectorat britannique, ce qui rend plus pressante la menace d’une intégration de l’Egypte à l’empire britannique. Ceci rend le sentiment nationaliste plus ferme, et les espoirs d’indépendance plus réalistes. Alors que le Parti National, de Moustafa Kamel [2], ne parvient pas à canaliser ces espoirs, c’est le Wafd [3], mené par Zaghloul, qui parviendra à leur donner une expression politique.
    L’une des premières revendications de Zaghloul sera ainsi une représentation de l’Egypte à la Conférence de la Paix à Paris. Il demandera également à se rendre à Londres, afin de plaider en faveur de l’indépendance égyptienne auprès du gouvernement britannique, ce qui lui sera refusé. Finalement, Zaghloul sera arrêté en 1919, et déporté à Malte pour une courte durée. En effet, les autorités britanniques l’autorisent finalement à se rendre à Paris, et envoient de leur côté une mission spéciale chargée de régler le cas égyptien, et mené par Lord Milner. Cette mission sera boycottée par l’ensemble des Egyptiens sous l’influence de Zaghloul, qui voit son prestige grandir de jour en jour. Finalement, les Britanniques acceptent de négocier avec lui en privé, et au terme de longues discussions, Zaghloul sera à nouveau arrêté et déporté aux Seychelles. Le processus qu’il avait enclenché était pourtant trop fort, et l’indépendance de l’Egypte sera finalement octroyée en février 1922 par une Commission spéciale. Toutefois, cette indépendance n’est que minimale dans la mesure où la Grande-Bretagne ajourne les quatre questions suivantes : les communications, la défense, les intérêts étrangers, et le Soudan.

    La naissance politique du Wafd

    Malgré cette indépendance tronquée, Zaghloul ne perd pas espoir, et compte aller jusqu’au bout de son travail. Il est autorisé à retourner en Egypte en 1923, et devint alors Premier ministre, avant de démissionner rapidement après un échec des négociations avec les Britanniques sur les quatre points laissés en suspens lors de l’indépendance. Zaghloul meurt en 1927, alors qu’il a essayé jusqu’à la fin de sa vie de faire du Wafd une force politique de premier plan en Egypte.
    Pourtant, parler d’une « force politique » serait presque trahir son héritage dans la mesure où le Wafd ne doit pas être un « parti ». Le terme Wafd signifie délégation, et Zaghloul voit ce mouvement comme une incarnation de la nation égyptienne : « On nous demande : quel est votre programme ? Et nous répondons que nous ne sommes pas un parti, nous sommes une délégation soutenue par la nation et exprimant sa volonté à propos du problème qu’elle nous a assigné : ce problème est celui de l’indépendance complète [4] ».
    Zaghloul était donc très soucieux de préserver le Wafd des querelles politiciennes et aspirait à une hauteur qu’il jugeait nécessaire à la justification de ses revendications d’indépendance. Voilà un fait nouveau dans l’histoire du nationalisme égyptien.

    Ruptures et continuités

    Albert Hourani considère qu’il y a deux moments distincts dans la vie et dans la pensée de Saad Zaghloul. Il y aurait un avant et un après, que la guerre séparerait assez nettement. Avant 1914, Zaghloul est encore très imprégné par les idées réformistes héritées de ‘Abduh, et son objectif principal était de lutter contre les pouvoirs absolus du khédive en instaurant un système légal complet.
    Selon certains, lorsque Zaghloul a pris une nouvelle stature politique, quelques éléments de son comportement auraient changé. Il serait devenu plus autoritaire, moins réfléchi. Ainsi, certains éléments absents de la pensée réformiste traditionnelle apparaissent chez lui. Parmi eux, on trouve la naissance d’un nationalisme proprement égyptien qui se fonde presque « racialement » puisqu’il évoque explicitement la nécessaire éviction des Turcs. Hourani cite alors l’hypothèse selon laquelle Zaghloul aurait été moins intéressé par la réforme elle-même que par l’indépendance.

    Ces changements ne l’empêchent toutefois pas de demeurer le fidèle disciple de ‘Abduh sur des points majeurs. Ainsi, il ne cessera jamais de défendre la participation des femmes à la vie politique, et l’encadrement des pouvoirs du dirigeant [5]. considère que la tournure violente qu’a pu prendre la fin de la vie politique de Zaghloul tient à la situation exceptionnelle qu’il a dû affronter. Alors que ses prédécesseurs étaient des hommes du XIXe siècle, il doit mener en Egypte un mouvement indépendantiste dans des conditions radicalement nouvelles, celles de la guerre. La nature de la situation qu’il a vécue a ainsi fortement affecté ses discours. En ce sens, Zaghloul fait véritablement figure de médiateur puisqu’il adapte un discours réformiste désormais traditionnel aux conditions géopolitiques nouvelles issues de l’affrontement mondial du début de siècle.

    [1] Albert Hourani, Arabic thought in the liberal age, p. 210.

    [2] Moustafa Kamel fonde le Parti national égyptien, qui connaît un certain succès, mais demeure le fait d’une élite intellectuelle.

    [3] Wafd, qui signifie « délégation », est le nom de l’un des premiers partis nationalistes égyptiens, né avec le XXe siècle.

    [4] Cité par A. Hourani, Arabic thought in the liberal age, p. 221.

    [5] Idem, p. 217.

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