• Louis XIV en Algérie. Gigeri - 1664

    Le cinquantenaire de la fin de la guerre d’indépendance, les controverses que l’événement soulève toujours de nos jours, nous le rappellent encore : inaugurée par le débarquement des troupes du comte de Bourmont à Sidi-Ferruch le 14 juin 1830, la présence française en Algérie fut longue et profonde. Ce qu’on ignore cependant très généralement, c’est qu’elle eut pu être encore plus précoce. C’est ce que révèle l’ouvrage ici présenté, qui se consacre au récit d’une précédente expédition tombée dans les « oubliettes de l’histoire » : en 1664, le jeune roi Louis XIV, désireux de marquer les débuts de son règne personnel par une action d’éclat, envoya ses meilleures troupes et la totalité de sa marine vers les côtes d’Algérie, avec le ferme projet d’y établir un point d’appui permanent. Le lieu choisi était le petit port kabyle de Gigeri (aujourd’hui Jijel ou Djidjelli), à quelques 300 km à l’est d’Alger. On comprendra mieux les motivations qui poussèrent Bernard Bachelot, ancien officier de marine ensuite reconverti dans l’industrie, à s’intéresser il y a une dizaine d’années à cet épisode méconnu en rapportant que c’est à Djidjelli que se fixèrent bien plus tard ses ancêtres, et qu’il passa lui-même une grande partie de sa jeunesse, comme il le relate dans l’émouvante postface qui clôt son œuvre.

    Une saison en enfer

    Celle-ci est organisée à travers un plan en trois parties qui présente méthodiquement les différentes phases de l’expédition. La première (p.13-60) retrace l’évolution des relations entre la France et le Maghreb du début du XVIè siècle jusqu’à la fin de 1661. A la mort de Mazarin, Louis XIV règne en maître, et la Paix des Pyrénées lui a assuré une position stable et dominante en Europe. Naît alors l’idée d’une expédition contre les Barbaresques d’Alger, qui pratiquent la piraterie à grande échelle en Méditerranée tout en étant théoriquement soumis au pouvoir ottoman. L’auteur s’attache alors à décrire les préparatifs français (p.61-143). Ceux-ci, en grande partie confiés à l’intendant La Guette, ne sont guère aisés : un temps contrariés par des difficultés diplomatiques avec la Papauté et le Duc de Lorraine, ils souffrent surtout de l’état déplorable dans lequel se trouve à l’époque la marine royale. Un centralisme paralysant, la mise en place d’une structure de commandement complexe et gangrenée par les querelles personnelles, le choix d’un site inapproprié, viennent encore hypothéquer les chances de succès de l’expédition.
    Mais elle part finalement de Toulon le 2 juillet 1664, et les quatre mois de péripéties qui s’ensuivent sont narrés dans la plus longue partie de l’ouvrage (p.145-289). La flotte française, nominalement dirigée par l’incompétent Duc de Beaufort, atteint enfin le 22 du même mois Gigeri, où débarquent de vive force les troupes du général Gadagne : 4500 fantassins des meilleurs régiments du Royaume, et un contingent de l’Ordre de Malte fort de 1200 hommes. Malaisément installé dans un site moins hospitalier que prévu, le corps expéditionnaire se heurte à l’hostilité des populations berbères du pays, qui se traduit par une « petite guerre » incessante puis par un véritable appel à la guerre sainte. Les combats se succèdent tout l’été, et s’intensifient avec l’arrivée, début octobre, de contingents turcs venus d’Alger et de Constantine. La mise en place à la fin du mois de leur puissante artillerie scelle définitivement le sort de la tête de pont. Après moult péripéties, et dans un certain désordre, les Français l’évacuent dans la nuit du 31 octobre au 1er novembre, laissant derrière eux plus de 1600 morts et une centaine de canons. Restent à gérer les suites de l’opération ; l’auteur débute la dernière partie de l’ouvrage, où elles sont relatées (p.291-334), par un tableau clair des carences de tout ordre ayant entaché sa préparation et son déroulement. Les responsabilités sont multiples, et elles donnent lieu de la part de la majeure partie des officiers généraux engagés à un écœurant défaussement. Le Roi lui-même, absolument pas exempt de reproche, va se livrer à un brillant exercice de désinformation et d’occultation… qui va porter ses fruits jusqu’à nos jours.

     

    Source:http://clio-cr.clionautes.org/louis-xiv-en-algerie-gigeri-1664.html#.Ui716Lzn50w

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