• Halal/ Haram .Le point sur la question

    Halal Haram . Ce n’est pas forcément ce que vous croyez 
    29 Mar 2012
    Par : Dossier de la rédaction
    Halal/Haram, deux notions parfois floues, qui régissent la société (AFP)

    De l’avortement au don d’organes, en passant par les pratiques sexuelles dites déviantes, les crédits bancaires ou les jeux de hasard. Enquête sur les vrais et les faux interdits imposés par l’islam, ou la société.
    Tu n’avorteras point.
    En voilà une thématique qui divise la société, en opposant deux camps aux arguments bien affûtés. Le débat a en fait été relancé, il y a quelques années, par la publication d’un chiffre : 600 avortements clandestins seraient quotidiennement pratiqués au Maroc, mettant sérieusement en danger la vie de la mère et celle de l’enfant. “Ce chiffre et cette réalité sont suffisants pour réclamer la légalisation de l’avortement”, scandent à l’unisson plusieurs médecins et acteurs associatifs, dont l’actuel ministre de la Santé, El Hossein El Ouardi. Niet, répondent les plus conservateurs, parmi lesquels Bassima Hakkaoui, ministre de la Solidarité et de la famille. “L’avortement est interdit par la religion parce qu’il condamne le droit du foetus à la vie. Le légaliser est très dangereux pour l’équilibre de la société”, explique-t-elle en substance. Un terrain d’entente entre les deux thèses reste pourtant possible. L’avortement pourrait être admis pour des cas extrêmes comme les grossesses suite à un viol ou à un crime d’inceste. Mais là encore, le passage par une jurisprudence religieuse reste incontournable. Bassima Hakkaoui s’est même déjà exprimée, signe de la sensibilité de la question, en faveur d’un référendum populaire !
    Fermez les yeux et jouez !
    Al Mayssir : c’est ainsi que le Coran appelle les jeux de hasard. Interdits formellement en même temps que l’alcool, les jeux de hasard sont considérés comme le moyen le plus rapide pour ruiner une personne, une famille, une société. Ceci en théorie. Dans la pratique de tous les jours, on ferme les yeux, et on joue. On se justifie bien sûr. Celui qui joue au toto-foot ne vous dira jamais qu’il mise comme ça, dans l’air. Il suit l’actualité sportive de tous les jours, connaît les finances des clubs, l’état de forme des joueurs, et même le degré d’impartialité des arbitres. Pour lui, le toto-foot n’est pas un jeu, mais un métier à part entière, une discipline “scientifique”. C’est ce que vous dira aussi le joueur de poker, du tiercé ou des courses canines. “Tout ça, c’est des maths, des probas, et pas du tout du hasard !”. L’argument qui vous tue un barbu : les sociétés qui ont le monopole des jeux de hasard grand public (Loto, Keno, etc.) sont contrôlées par l’Etat, et sont donc sous la responsabilité directe du gouvernement de Sa Majesté Amir Al Mouminine. Alors hram ou hlal ? Juste schizo, en fait.
    Boire et déboires
    Un verset du Coran interdit explicitement de consommer du vin, “œuvre du diable”. Les autres formes d’alcool ont, quant à elles, été interdites via un hadith, précisant que “l’alcool est la mère de tous les vices et c’est le vice le plus honteux”. Et en la matière, même le “petit verre” entre amis n’est pas excusé puisqu’un autre hadith assène que “tout ce qui peut intoxiquer en grande quantité est interdit en petite quantité”. Le serveur lui-même à qui vous commandez une tournée est dans l’illicite, déjà. Là encore, tout ce pan de l’économie, lié entre autres à la restauration, au tourisme et aux lieux nocturnes, est mis au ban via un hadith qui affirme qu’Allah maudit neuf personnes, en plus du consommateur : “Celui qui le distille, celui pour qui il est distillé, celui qui le transporte, celui chez qui il est transporté, celui qui le sert, celui qui le vend, celui qui profite de l’argent obtenu par sa vente, celui qui l’achète pour lui-même et celui qui l’achète pour quelqu’un d’autre”. Ça fait beaucoup de monde.
    Tout voile dehors
    Les Marocaines se couvrent de plus en plus. Le constat est indéniable. Le phénomène a commencé au début des années 2000, avec l’apparition de prédicateurs new age comme le célébrissime Amrou Khaled, qui ont fait du port du voile une priorité absolue pour toute bonne musulmane. Se pose alors une question : celles qui ne portent pas le voile sont-elles de mauvaises musulmanes ? Bien sûr que non. Dans la société, le port du voile est toujours considéré comme un choix personnel. De grands leaders islamistes ou des prédicateurs très populaires affirment régulièrement d’ailleurs ne pas l’imposer à leurs propres filles. Tout au plus, le hijab est donc considéré comme une sorte d’aboutissement, ou de couronnement, religieux. Il est aussi, on s’en doute, “un moyen pratique pour se fondre dans la foule et éviter les ennuis”, affirment plusieurs dames. Sous d’autres cieux pourtant, notamment en Arabie Saoudite et dans certains pays du Golfe, le port du hijab (et du niqab) constitue une obligation religieuse et légale pour toutes les femmes dans l’espace public.
    Tu n’aideras personne à mourir
    La loi islamique a énuméré et spécifié les conditions permettant d’ôter la vie, considérée comme sacrée en islam. L’euthanasie active, où le médecin traitant prend une mesure directe pour mettre fin à la vie du patient, n’en fait pas partie car elle est assimilée au meurtre même si elle se fait avec l’accord du malade. Qui plus est, la demande du patient est considérée comme un suicide, acte interdit en islam où seul Dieu a le droit de donner la vie et de la reprendre. Par contre, l’euthanasie passive, qui consiste à laisser la personne mourir naturellement, est permise. Le malade peut ainsi choisir de ne pas se soigner sans enfreindre l’éthique musulmane. Il a donc la possibilité d’interrompre les traitements thérapeutiques, pharmaceutiques, ainsi que la réanimation artificielle, a fortiori quand sa maladie est incurable et que la poursuite des soins ne fera que prolonger ses souffrances.
    Sexe oral ? Mmmm…
    “ça ne va pas chez toi, docteur ? Mais c’est la bouche qui embrasse mes enfants chaque matin…” La réplique culte de Robert de Niro dans Mafia Blues, répondant à la question d’un psy sur la fellation, semble partagée par beaucoup de gens dans notre société. S’il est communément admis que ce qui se passe dans un lit entre un homme et une femme ne regarde que la vie de couple, dès qu’il s’agit de la pratique de la fellation, le mot haram fuse chez une bonne partie de l’opinion dominante. Du moins en mode “on”… En l’absence d’un texte religieux explicite sur cette pratique, il faudra chercher ailleurs les raisons culturelles à cette pratique décrétée haram sans l’être réellement. Problème d’hygiène ? Ou d’un prétendu manque de respect de la partenaire ? Dans tous les cas, le haram, ici, est surtout culturel, mental. Et n’essayez surtout pas de convaincre tous les hommes de gratifier leurs partenaires féminines d’un cunnilingus pour leur rendre la politesse.
    Se faire belle, ce “crime”
    Une femme a parfaitement le droit de se farder le visage du moment que c’est léger. Si la plupart des croyantes pratiquantes ont le teint blafard, c’est plus par souci d’économie de fond de teint que par piété, car faire cinq ablutions par jour et devoir se remaquiller à chaque fois, ce n’est pas très pratique. Et cela revient tout de même cher. Idem pour le vernis à ongles : il est déconseillé car il empêche l’eau de l’ablution de pénétrer les ongles. Quant aux hommes, ils ont droit au khôl pour les yeux, au swak pour la bouche et au parfum. Contrairement aux femmes qui n’ont pas le droit de se parfumer, de peur de provoquer la fitna en attirant l’attention des hommes. Quid de l’épilation ? La Sunna encourage vivement l’épilation des aisselles et du pubis tous les quarante jours. Avec interdiction de toucher au visage, celles qui s’arrachent le duvet à coups de cire froide passent pour des “annamissate” ou des “moutanamissate”. Elles sont coupables d’altérer la création de Dieu, même si, à la base, elles veulent juste se débarrasser d’un “monosourcil” qui les exclut de toute vie sociale.
    Comme un problème à gauche
    “Mange avec la main droite” ne cesse de marteler ce grand-père à son petit-fils. Une scène habituelle dans la société traditionnelle, qui a toujours considéré les gauchers d’un mauvais œil. Un film tout récent (Le Gaucher, un court de Fadela Chouika) revient sur le phénomène et explique les efforts proprement monstrueux consentis par un père de famille pour forcer son fils, gaucher – né, à se servir de sa main droite… La croyance populaire voudrait, en effet, qu’on utilise la main droite pour tout ce qui est “bien” (manger, saluer les gens) et la gauche pour des choses “sales” (se laver les pieds et d’autres parties du corps). Celui qui mange de la main gauche, selon les mêmes croyances, inviterait le diable à sa table. Il a de ce fait moins de chance d’aller plus tard au paradis… De même, saluer de la main gauche et entrer dans une mosquée ou une maison (surtout quand c’est la première fois) en avançant le pied gauche sont mal vus.
    Derrière, ce n’est (presque) pas possible
    Parmi les sourates qui relatent l’histoire de Loth, il n’est explicité écrit nulle part que son peuple a été châtié pour avoir pratiqué le sexe anal. Il y est plutôt question de “turpitude” et de “désir charnel outrancier” entre hommes. Cependant, la sodomie n’est pas un passage obligé au sein d’un rapport sexuel entre deux hommes, et si elle est condamnée, c’est parce qu’elle implique un gaspillage de semence qui servirait mieux à faire perpétuer l’espèce humaine. En d’autres termes, la sodomie pourrait être à l’islam ce que l’onanisme est au christianisme. Quant à la sodomie entre deux personnes de sexes opposés, la Sunna la condamne fermement sous prétexte que la femme n’en ressent aucun plaisir. Evidemment, on parle de sexe anal dans un cadre conjugal. Les fustigateurs de cette pratique stipulent qu’elle est tellement grave qu’elle ébranle le trône du créateur, ce qui n’empêche pas bon nombre de personnes de la pratiquer pour diverses raisons : du pur plaisir à un moyen contraceptif bon marché, en passant par la préservation de l’hymen.
    Entre sorciers et jnoun
    Maraboutisme, voyance, sorcellerie... autant de pratiques qui font partie de l’identité socioculturelle marocaine. Malgré l’interdiction claire du texte religieux, ces pratiques antéislamiques continuent de rythmer l’histoire sociale du Maroc. Des dizaines de tombeaux de marabouts sont au cœur même des grandes agglomérations urbaines. Mieux encore, le maraboutisme est parfois perçu comme le pendant de la médecine psychiatrique moderne. C’est le cas, par exemple, du célèbre Bouya Omar où s’exerce encore une “médecine” d’un autre âge, au vu et au su de l’Etat qui n’a pas une capacité d’accueil suffisante pour tous les patients souffrant de troubles psychiatriques ou sont victimes d’addictions. En règle générale, le recours à la sorcellerie se fait dans le but de se soigner ou alors, à l’opposé, pour jeter un sort à quelqu’un. S’il est admis que les voyants et les sorciers ont pactisé avec le diable pour acquérir des pouvoirs surhumains, le recours à leurs services fait toujours débat entre halal et haram, et certains n’hésitent pas à invoquer la religion pour légitimer les rites de sorcellerie. Carrément.
    Tattoo you
    Qu’on le veuille ou non, le tatouage est une très vieille tradition marocaine. Pendant des siècles, les femmes, arabes et surtout berbères, ont fièrement arboré des motifs variés sur leur visage. La coutume est aujourd’hui en perte de vitesse. Fin d’une mode esthétique, ou début d’une mode religieuse ? Dans les textes sacrés, la pratique n’est pas vraiment en odeur de sainteté. Tout d’abord, il y a ces versets du Coran (sourate Annissa) qui prêtent au diable l’intention d’inciter les humains à altérer la création divine. Ce qui interdirait toute modification du corps, œuvre du créateur. Ensuite, il existe plusieurs hadiths qui prohibent explicitement le tatouage. Pour les tatouages temporaires, comme le henné, le débat reste ouvert. Certains l’assimilent au tatouage permanent, ce qui le rendrait sinon haram, du moins makrouh (contre-indiqué). D’autres citent des hadiths où le prophète aurait recommandé son usage dans certains cas. Quoi qu’il en soit, le henné est toujours aussi populaire, et le tatouage permanent retrouve un nouveau souffle auprès de la jeunesse citadine, qui va se faire tatouer auprès de professionnels forcément non agréés, puisqu’il est légalement impossible de s’enregistrer en tant que tatoueur dans un tribunal de commerce.
    Et la Bourse, je peux ?
    La Bourse, c’est branché, in et halal. Personne ne contredit cela, même les ouléma les plus orthodoxes, et c’est génial. Voilà donc un moyen de se faire de l’argent, sans vraiment travailler, en passant juste un coup de fil à son trader tous les matins, en surveillant les écrans de la corbeille, et en jouant sur les variations du marché. Du jeu quoi, mais qui peut faire de son bonhomme un millionnaire, comme le ruiner. Comme dans un casino, sauf que c’est un peu différent, et plus sérieux. Acheter l’action d’une société cotée en Bourse, c’est devenir associé dans l’affaire et membre de l’assemblée générale des actionnaires qui vote les grandes décisions de la firme. Si la firme gagne, vous gagnez, sinon… C’est ce risque, calculable au passage, qui, islamiquement, “halalise” la chose, pourvu que le business où l’on met son argent ne soit pas lié à des activités considérées haram, comme les industries de l’alcool, du jeu… ou la transformation de la viande de porc.
    Un petit joint de temps en temps
    Rouler un joint ou sniffer de la blanche est-il illicite ? Là aussi, la chose a posé et pose toujours problème. Aux premiers temps de l’islam, le débat ne se posait pas puisque les musulmans ne découvriront les drogues (cannabis notamment) que des siècles plus tard. Mais les théologiens ont trouvé la parade en assimilant les vertus, et méfaits, des drogues à celles du vin. Sans jamais tomber d’accord puisqu’une partie des ouléma est restée réservée sur le châtiment à infliger aux drogués. Entretemps, le cannabis a investi, à une vitesse galopante, les milieux de la “bonne société”, mettant d’accord jeunes et moins jeunes, riches et pauvres... L’histoire nous apprendra encore que les anesthésistes musulmans, pionniers en la matière, ont largement eu recours aux drogues pour leurs vertus médicinales. Actuellement, au moment du débat sur les vertus thérapeutiques ou les usages industriels du cannabis, les sociétés musulmanes préfèrent regarder ailleurs. Et des milliards de “pétards” partent en fumée, chaque année…
    On l’appelle Al 3ada Assiriya
    C’est un sujet qui a toujours divisé les ouléma. Dans l’absolu, la majorité estiment que tout acte sexuel (dans le cadre conjugal) ne doit avoir d’autre finalité que celle de procréer. Les plus extrémistes, en plus de le taxer de “pratique maladive”, associent l’acte solitaire à l’adultère malgré l’absence de textes clairs pour appuyer leur thèse. Cependant, et depuis les premiers siècles de l’islam, des théologiens ont avancé la théorie du “moindre mal”. En plus clair, il vaut mieux se masturber que de tomber dans l’illicite, c’est-à-dire une relation extraconjugale (le zina). De nos jours, les plus éclairés autorisent la masturbation pour des considérations parfois techniques : mariages tardifs, “indisponibilité” de l’épouse, etc. Dans tous les cas, la question n’a jamais été tranchée et fait toujours débat. A plus forte raison quand il s’agit d’une femme. Un tabou au cœur du tabou, en quelque sorte.
    Homo ou lesbienne, ça n’est pas pareil
    L’homosexualité est l’un des rares domaines, en matière de religion, dans lequel les femmes semblent relativement mieux loties que les hommes. Contre sept sourates qui condamnent l’homosexualité masculine aux pires des châtiments, il n’existe qu’une seule sourate (Annissa’e) qui évoque le lesbianisme. Les femmes en flagrant délit peuvent être punies par un enfermement de quelques jours, alors que les hommes sont promis au lynchage. Un paradoxe commun aux trois religions monothéistes qui puisent leur fondement dans le patriarcat. La relative clémence accordée aux femmes s’explique du moment qu’il n’y a pas de perte de semence et, donc, de transmission du patrimoine... Cela étant, la religion semble reconnaître implicitement l’homosexualité masculine, puisqu’elle promet de beaux éphèbes aux fidèles promis au paradis.
    Mélangeons-nous…mais faisons attention
    Gare à la tentation ! C’est cet argument qu’avancent certains théologiens pour interdire la mixité. Des imams, des ouléma, et même des enseignants considèrent le “mélange” femmes – hommes comme source de malheurs et appellent à son interdiction pure et simple. Même quand elle est validée à des conditions complexes (notamment dans les lieux de travail), la mixité récolte beaucoup plus de contre que de pour parmi les religieux. Et dans tous les avis émis par les uns et les autres, la femme est considérée comme la source du problème. Celle par qui la tentation arrive, donc ! Une triste réalité au moment où de sérieuses recherches ont montré le plus qu’apporte un mélange des sexes, et aux individus et aux sociétés, notamment en milieu scolaire. Et l’avenir de la femme n’a jamais été de se cloîtrer chez elle ou de sortir “cachée” de la tête aux pieds…
    Crédit haram, mais pas trop
    Pour se loger, s’acheter une voiture, payer la scolarité de ses enfants, acheter le mouton de l’Aïd ou simplement se divertir, beaucoup de Marocains usent du crédit bancaire. La pratique, considérée pourtant comme haram dans certaines sociétés musulmanes, notamment au Moyen-Orient, est largement tolérée dans le royaume chérifien, dont Amir Al Mouminine, le premier imam, est aussi le premier banquier. Là-bas, on considère comme Riba, c’est à dire haram et interdit, tout prêt à taux d’intérêt. Ce qui n’est pas le cas chez nous. L’usure étant définie - ce n’est pas officiel - par un prêt qui dépasserait un certain taux d’intérêt, communément appelé le TEG, et qui est fixé aujourd’hui à un peu plus de 14%. Un crédit à 20% serait donc haram, mais un prêt à seulement 5% ou 6% est halal. Un distinguo qui n’est pas fait (bizarrement) quand il s’agit d’épargne. Le ntiriss perçu sur un compte sur carnet par exemple a toujours mauvaise presse dans la société, car la pratique renvoie à la situation brute de l’usurier, qui s’enrichit sans faire d’effort.
    Animal, on est mal
    Un chien qu’on caresse, qu’on aime et qu’on accueille dans son foyer ? Un chien qui ne sert à rien d’autre que d’être là ? Le phénomène était très marginal. Aujourd’hui, il prend de plus en plus d’ampleur. Ce qui n’est pas sans poser quelques problèmes de conscience à leurs heureux propriétaires, quand ils sont des musulmans convaincus. à part les chiens qui gardent les troupeaux ou les champs, ou qui aident l’homme à chasser, la possession d’un tel animal ne paraît pas recommandée. Un hadith indique qu’elle est susceptible de diminuer la “récompense”, (ou “l’œuvre”) de son propriétaire. D’autres hadiths avancent que la présence d’un chien empêcherait les anges d’entrer dans les maisons, et que si un chien a bu dans un récipient, il faut le laver sept fois (et la huitième avec de la terre) avant de le réutiliser. Le chat, par contre, est beaucoup mieux accepté. Parce que, d’après les hadiths, le prophète aimait bien les chats…
    Changez-moi ce nez
    Avoir un visage éclatant, une silhouette mince ou lutter contre les signes de vieillesse, c’est possible avec la magie de la chirurgie esthétique. A en croire les praticiens de cette médecine, le “marché” a le vent en poupe et le nombre de Marocains qui s’y adonnent va crescendo. Se refaire le nez, les implants mammaires pour avoir une poitrine plus sexy, augmenter le volume des lèvres pour les rendre plus pulpeuses, ou implanter des cheveux, sont des opérations courantes. Cependant, “déformer le corps que Dieu nous a donné” ne fait pas l’unanimité. Les avis divergent et chacun y va de son analyse. Le raccourci qui revient le plus souvent fait le distinguo : d’un côté, la chirurgie réparatrice qui serait possible, notamment après un accident, pour limiter les dégâts physiques. Et de l’autre, la chirurgie esthétique, perçue comme un luxe, voire une perversion. Dans tous les cas, la tentation, pour les “consommateurs”, est toujours grande, que la chirurgie soit réparatrice ou esthétique.
    Les restes, c’est pour les pauvres
    Après un repas copieux, que feriez-vous des restes de nourriture ? Ça vous arrive de les jeter? Pour plusieurs d’entre nous, cela peut être le réflexe systématique pour s’en débarrasser. Mais en islam, ce comportement n’est pas vu d’un bon œil. Sans verser dans le halal et le haram, les raisons semblent avoir des considérations sociétales. “Comment se permettre le luxe de jeter le reste des aliments alors que certains de nos frères crèvent la dalle ?”. Solidarité religieuse oblige, il est donc généralement conseillé de faire bénéficier les personnes démunies de ses excédents de nourriture. Mais ce n’est pas la seule raison. La nourriture est d’abord considérée comme un don de Dieu. Du coup, tout gaspillage de ce présent divin peut conduire, selon certaines croyances, à une malédiction du ciel. Bon courage pour détecter les frontières entre religion et superstition !
    Tu ne le représenteras point
    La question de la représentation des créatures divines, et à plus forte raison celle du prophète Mohammed, demeure du domaine de l’interdit. Les ouléma basent leur raisonnement sur l’acte fondateur du prophète lorsqu’il a détruit les idoles de Quraych. Dans la culture marocaine, en majorité malékite, cette position reste de rigueur. Que ce soit en statue, en image ou en cinéma, représenter le prophète tient du sacrilège. Dans le cas du cinéma, les savants de l’islam vous diront toujours qu’un acteur qui multiplie les rôles et les personnages n’est pas digne de représenter “Sayed Al Khalq” (seigneur de toutes les créatures). Cette position fait à peu près l’unanimité dans le monde musulman, même si les chiites admettent dans certaines conditions la représentation des autres prophètes. En témoignent les superproductions iraniennes liées aux “Qassas Al Qoran” (les récits du Coran).
    De l’art ou du cochon
    Un tableau, une sculpture, une photo, un film, voire une simple peluche, peuvent relever de l’interdit dans certaines interprétations ultra-orthodoxes de l’islam. Dans la culture populaire, ces formes de représentation sont des réceptacles privilégiés pour les “jnoun”. En produire, ou en consommer, devient makrouh et quasi haram. Les ouléma, quant à eux, restent divisés entre ceux qui considèrent que l’acte créateur de l’artiste est un affront à la volonté divine, et ceux qui admettent que la représentation de la beauté et l’expression culturelle par l’image, ou tout autre expression artistique, ne touchent en rien la foi du musulman. Halal ou haram, le débat sur cette question reste entier. Les arts traditionnels marocains montrent bien cette position en ce sens que les décorations florales et géométriques semblent être une sorte de compromis qui accepte la créativité sans être confronté à l’interdit. Une solution bien de chez nous qui fait la part à la “wassatia” (voie du milieu), sans régler le fond du problème.
    Non-musulmans mais musulmans (quand même)
    Si le mariage avec une non-musulmane est accepté dans certaines conditions, l’inverse est totalement proscrit. L’argument avancé est le fait qu’un non-musulman ne respecte pas forcément la foi de sa compagne musulmane et que la progéniture du couple n’agrandirait pas forcément les rangs des “mouminine” (croyants). Cependant, dans la culture marocaine, des solutions pratiques et légales sont largement pratiquées. Prononcer publiquement la “Chahada” (profession de foi) devant des adouls et prendre un prénom musulman est nécessaire, et parfois suffisant, pour contourner l’interdit. Dans la culture populaire, le fait est tout de même jugé contraire aux bonnes mœurs. Le couple dans cette configuration est perçu comme étant exogène à la bonne société. Mais il n’en demeure pas moins toléré, par opposition à l’excommunication que l’on retrouve dans d’autres religions.
    La pilule de la discorde
    Vous avez sûrement entendu différentes versions quant au fait d’utiliser des moyens de contraception. Certains affirment que ce n’est pas bien et que c’est contraire aux valeurs de l’islam. D’autres vont soutenir que ce n’est pas explicitement interdit et qu’il existait même à l’époque du prophète une méthode similaire, et plus classique : celle du coït interrompu. Il semble évident que pour de nombreux couples musulmans, c’est une question qui se pose. La pilule c’est haram ou halal ? Plus qu’une tendance, la contraception est devenue un choix de vie. Pilule, préservatifs, stérilets... pour certains, il s’agit de retarder l’âge du premier enfant, pour d’autres de limiter le nombre d’enfants, voire de ne pas en avoir du tout. Avec un taux de fécondité désormais fixé à 2,5, le Maroc affiche une volonté claire de contrôler sa démographie, et reconnaît implicitement le recours à la pilule. Mais ce qui fait réellement débat, c’est de savoir si oui ou non les couples non mariés peuvent utiliser ces moyens de contraceptions…
    Greffes, dons et ijtihad
    Tout est question d’ijtihad personnel. Quand un groupe de ouléma s’oppose fermement au don et à la greffe d’organes, arguant que le corps humain est sacré, les autres déclarent licites les opérations de ce genre, mais dans certaines conditions : la nécessité absolue de la greffe, l’accord du donneur de son vivant, la gratuité, etc. Les plus éclairés ont même affirmé que le don d’organes peut profiter à un non-musulman, ou en émaner. Si la greffe de cornée a intégré le giron du halal, d’autres attendent toujours. Les greffes d’organes génitaux attendront plus que les autres… à signaler, tout de même, le bon geste de Mustapha Ramid, ministre de la Justice, qui vient de faire don, par testament, devant un juge, de ses organes. Ils sont à peine un millier de Marocains dans ce cas.

    Source :http://www.telquel-online.com/

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