• Gulbenkian : collectionneur et amateur d’art

    Gulbenkian (Calouste Sarkis)

    Par Lisa Romeo

    Homme d’affaire talentueux et collectionneur d’art exigeant, Calouste Sarkis Gulbenkian a marqué aussi bien l’histoire de l’industrie pétrolière, en participant au développement de l’exploitation des ressources du Moyen-Orient, que le domaine de l’art en étant l’un des plus grands collectionneurs de son temps et en fondant la Fondation Calouste Gulbenkian.

     

    Un jeune arménien ottoman à l’incroyable destin

     

    Calouste Gulbenkian est né le 27 mars 1869 à Scutari, l’actuel quartier de Üsküdar à Istanbul, dans une famille aisée de commerçants anatoliens d’origine arménienne. Après avoir fréquenté l’école Aramyan-Uncuyan de Kadikoy et l’école française de Saint Joseph, le jeune Gulbenkian est envoyé à Marseille puis à Londres où il étudie l’ingénierie au King’s College. Il y obtient son diplôme en 1887 à l’âge de 19 ans. Fraichement diplômé, Gulbenkian part alors en Transcaucasie à Bakou pour compléter sa formation. Il relate son voyage dans un ouvrage La Transcaucasie et la péninsule d’Apchéron et rédige un article dans la Revue des deux mondes sur le potentiel de la mer Caspienne et la région de Bakou en 1891. Ses écrits vont persuader le ministre des Mines du gouvernement ottoman de lui confier la rédaction d’un communiqué sur les ressources pétrolières de l’Empire. Calouste Gulbenkian va ainsi se lancer dans l’industrie pétrolière naissante qui fera de lui l’un des hommes les plus influents de son temps.

     

    Gulbenkian et le développement de l’exploitation pétrolière au Moyen-Orient

     

    En 1895, Gulbenkian s’installe en Egypte et fréquente d’importantes personnalités du monde pétrolier, tel que l’homme d’affaire arménien Alexandre Mantachoff. Immergé dans le milieu, il s’affirme rapidement comme un véritable expert et devient peu à peu une figure incontournable des secteurs financiers et pétroliers. Résidant à Londres depuis 1897, où il se fait naturalisé en 1902, il participe à la fondation du groupe pétrolier Royal-Dutch Shell. Fin diplomate, il parvient alors à mettre en relation les compagnies américaines et russes. Sa carrière prend un nouvel envol lorsqu’il est nommé en 1910 par le gouvernement Jeune-turc (voir Jeunes Turcs et révolution de 1908), au pouvoir depuis 1908, conseiller de la Banque nationale de Turquie destinée à aider au développement économique de l’Empire ottoman. Il joue alors l’intermédiaire entre les Ottomans, les Britanniques et les Allemands qui essayent d’obtenir du gouvernement d’importantes concessions. Il parvient finalement à faire converger tous leurs intérêts en créant en 1912 la Turkish Petroleum Company (TPC) chargée d’assurer l’exploitation du pétrole irakien. La TPC est alors composée de la Royal-Dutch Shell (25 %), la National Bank of Turkey (35 %) et d’intérêts allemands (25 %). Gulbenkian, qui récupère les 15 % restant, siège au Conseil d’administration mais ne possède pas de concession. Sa part est ensuite rabaissée à 5 % deux ans plus tard et reste à ce niveau jusqu’à la fin de sa vie. Cela lui vaudra d’ailleurs le surnom de « Monsieur cinq pour cent ». Il participe ensuite, au lendemain de la Première Guerre mondiale, à toutes les négociations entre Alliés sur le pétrole irakien et joue un rôle majeur dans l’intégration de capitaux français dans la TPC en 1921 avant d’ouvrir la porte aux compagnies américaines en 1928.

     

    Installé depuis 1920 dans un hôtel particulier avenue d’Iéna à Paris, Gulbenkian est également conseiller commercial de l’Iran. Sous le gouvernement de Vichy en 1940, il décide de poursuivre cette fonction. Ses parts dans l’Iraq Petroleum Company (nom donné à la TPC depuis 1929) sont alors confisquées par la Grande-Bretagne mais elle lui seront finalement rendues à la fin des années 1940, à la suite de nombreuses procédures juridiques. Il quitte finalement la France en 1942 pour s’installer à Lisbonne, au Portugal, où il finira sa vie en 1955.

     

    Gulbenkian : collectionneur et amateur d’art

     

    Tout au long de sa vie, Gulbenkian a cultivé une grande passion pour l’art. Fin connaisseur, il accumule près de 6 000 œuvres qui sont aujourd’hui regroupées dans son musée éponyme ouvert au public depuis octobre 1969 à Lisbonne. On y trouve un savant mélange de chefs d’œuvre aussi bien orientaux et islamiques qu’occidentaux. Dans son testament rédigé en 1953, il prévoit de léguer son incroyable collection à une fondation destinée à financer des projets artistiques et éducatifs. Elle sera inaugurée un an après sa mort, en 1956, dans la capitale portugaise. De son vivant, ce pionnier de l’industrie pétrolière finançait également de nombreuses écoles, églises arméniennes et hôpitaux dans l’ensemble du Moyen-Orient.

     

    Bibliographie :
    Le ciel dans un tapis, catalogue de l’exposition présentée à l’Institut du monde arabe à Paris du 7 décembre 2004 au 27 mars 2005, puis à la Fondation Calouste Gulbenkian de Lisbonne du 28 avril au 31 juillet 2005, ISBN Editions Snoeck, 2004.
    
André Nouschi, La France et le pétrole de 1924 à nos jours, Paris, Editions A. et J. Picard, 2001.
    Site internet de la Fondation Calouste Gulbenkian http://www.gulbenkian-paris.org/fr/accueil

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